Dans de nombreux projets, l’escalier ne se limite plus à relier deux niveaux mais participe à la définition même de l’espace intérieur. Par sa géométrie, sa matérialité et sa position dans le plan, il devient un élément de composition capable d’orienter les circulations, d’organiser les volumes et d’introduire des continuités visuelles. Pensé dès les premières phases de conception, il permet d’articuler contraintes techniques et intention architecturale, en engageant un dialogue étroit entre architectes, ingénieurs et fabricants spécialisés.

À Eksaarde, en Belgique, les architectes Dennis T’jampens et Vincent De Wever conçoivent une maison inspirée des typologies rurales flamandes, caractérisées par des volumes simples et des proportions équilibrées. Dans ce projet, l’escalier ne constitue pas un simple élément de circulation mais un dispositif architectural central qui structure l’espace intérieur et organise la perception des différentes séquences domestiques.

Implanté sur une péninsule boisée de Muskoka, au Canada, le Long Lake Cottage conçu par Dubbeldam Architecture + Design s’organise autour d’un dispositif spatial où le vitrage devient l’interface principale entre intérieur et paysage. Située en contrebas d’un affleurement rocheux, la maison s’inscrit discrètement dans la topographie, tandis que les espaces de vie principaux sont positionnés à l’étage supérieur, accessible par une passerelle. Ce choix permet de placer le séjour au niveau de la canopée, conformément au souhait des propriétaires de disposer d’un espace « flottant au-dessus du sol forestier », offrant une immersion visuelle continue dans les arbres.

Prolongement naturel de l’architecture intérieure, l’espace outdoor s’impose aujourd’hui comme un véritable champ de conception. Terrasses, patios, jardins ou rooftops ne relèvent plus uniquement de l’agrément, mais participent pleinement à la qualité d’usage des bâtiments. 

Depuis près de trois décennies, l’architecte Reda Amalou impose une vision holistique de la création. Entre l’agence AW2 et sa maison d’édition éponyme, il abolit les frontières entre les échelles pour placer l’expérience et la matière au cœur de son écriture.

Face à la place croissante prise par les espaces extérieurs, de nombreux éditeurs et fabricants ont choisi d’investir ce champ en développant des collections dédiées ou en adaptant leurs savoir-faire existants à des contraintes climatiques spécifiques. Cette évolution traduit une tendance de fond : l’outdoor constitue désormais un segment à part entière du design, mobilisant des matériaux, des textiles et des solutions techniques capables d’assurer durabilité et qualité d’usage en extérieur.

Sur l’île grecque de Skiathos, la OHLIVE Beach Villa conçue par 3H Architects montre à quel point l’aménagement extérieur peut devenir le véritable centre du projet architectural. Implantée dans une ancienne oliveraie face à la mer Égée, la maison s’appuie sur les qualités du site pour organiser une manière d’habiter où la vie quotidienne se déploie largement dehors.

Associé aux cultures autochtones d’Amérique du Nord, le totem désigne à l’origine un objet ou un symbole incarnant une entité spirituelle, un groupe ou une lignée. Aujourd’hui, le terme s’est progressivement déplacé vers le champ du design et de l’architecture intérieure, où il désigne des objets autonomes, souvent verticaux, investis d’une forte charge visuelle et symbolique. 

Dans le cadre du programme MATTER and SHAPE (hors les murs), la Tiny Room d’India Mahdavi accueille l’exposition L’Office, conçue par l’artiste et designer Stéven Coëffic. Présentée comme un environnement domestique, l’installation s’intéresse à ces éléments architecturaux discrets qui structurent les intérieurs sans jamais attirer l’attention. En les isolant, en les agrandissant et en les transposant dans un autre matériau, le designer les transforme en objets sculpturaux proches de formes totémiques.

Au fil de ses recherches de chineur, Nicolas Flachot collecte des fragments de bois issus d’objets ou de structures oubliées pour les transformer en pièces sculpturales qu’il nomme totems. Réunies sous le nom de Victor, ces créations prennent place entre mobilier et sculpture. Elles s’imposent dans l’espace sans fonction utilitaire évidente, affirmant une présence matérielle qui relève davantage du geste artistique que de l’objet domestique.
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