Présentée à partir du 14 octobre à la Galerie des Gobelins, dans le cadre du Salon Les Nouveaux Ensembliers, la collaboration entre le studio OUD et la Galerie MCDE explore ce territoire rare où la mémoire du geste artisanal se fond dans une approche contemporaine du design. Ensemble, ils signent deux pièces inédites inspirées de l’œuvre de l’architecte et designer français, Pierre Chareau (1883–1950) figure majeure du modernisme : l’applique murale DOUM et le tabouret PHILA, tels des hommages délicats à celui qui, dès les années 1920, redéfinissait la frontière entre architecture et mobilier.

Cette double création s’inscrit dans le projet Le Bureau de l’Ambassadeur de demain, imaginé par Marie-Sarah Burckel et Josselin Berteloot, fondateurs d’OUD, à l’invitation des Manufactures nationales, Sèvres & Mobilier national. Presque un siècle après la conception par Chareau du bureau de l’ambassade française pour l’Exposition internationale de 1925, le duo ravive cet héritage à travers 17 objets réunis dans un espace diplomatique imaginé comme un lieu de passage entre les époques. Ici, l’imaginaire de l’Égypte ancienne dialogue avec l’excellence artisanale française, dans une scénographie où chaque matière devient langage symbolique.

L’applique murale DOUM reprend les lignes du Bloc Auvent conçu par Chareau en 1923. OUD et la Galerie MCDE en prolongent la verticalité dans un élan sculptural, faisant de la lumière une matière presque architecturale. Si la pièce originelle déclinait ses prismes d’albâtre dans un registre strictement géométrique, cette version contemporaine en adoucit la rigueur par une forme organique, presque végétale. Réalisée en acier thermolaqué et en albâtre, elle s’élève comme une colonne lumineuse, évoquant la silhouette d’un palmier stylisé. Cette tension entre minéral et métal, entre fixité et vibration, condense tout le vocabulaire chareaulien : rigueur moderniste et sensualité des matières.

Face à elle, le tabouret PHILAE offre un contrepoint terrestre. Inspiré du Curule de 1925, il traduit dans une écriture contemporaine la grâce structurée du modèle originel. OUD en conserve l’esprit d’équilibre, mais le réinvente à travers un dialogue de matières (noyer et travertin jaune de Perse) où la densité du bois rencontre la lumière du marbre. Le drapé minéral qui souligne sa base évoque les reflets du temple de Philae au couchant, entre sacré et modernité. Là encore, le geste s’efface derrière la justesse du rythme : une pièce qui, sans pastiche, ressuscite la mémoire du dessin et la transforme en émotion tangible.

Dans cette rencontre entre OUD et la Galerie MCDE, l’hommage ne se fige pas en citation : il devient un passage, une conversation silencieuse entre la lumière, la matière et l’esprit du maître.

 

Visuels © : Alexis Armanet, Francis Amiand



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