Quand on découvre la collection Fumi, il faudrait sans doute commencer par souligner tout ce qu’elle incarne du contemporain, surtout grâce à la collaboration entre Eldvarm et Guillaume Delvigne — ce dernier dont le talent, vu chez Hermès comme chez Ligne Roset, n’est plus à prouver. Fumi, on le sent tout de suite, a quelque chose d’une référence initiatique : d’un côté, la rigueur géométrique, presque mathématique, rassure l’usager face aux abstractions trop promises du design ; de l’autre, tout ce qui relève du travail artisanal transmet une douceur. Ce lien fort (fabrication soignée, pièces remplaçables, utilité quotidienne) rend les objets légitimes, ancrés dans le sensible puis dans le durable. Sur ce point, la marque reste fidèle à ses principes, défendus depuis plus d’une décennie : produire moins, mais mieux, avec constance et cohérence.

Dire que la perfection est atteinte manquerait d’esprit critique. On pourrait remarquer ici un désir grandissant du marché, presque extrême, pour l’épure, peut-être dicté plus par les tendances qu’une réelle aspiration des foyers eux-mêmes. Certes, le serviteur Fumi, inspiré des balais japonais, incarne une prouesse harmonieuse, relisant les classiques du Bauhaus. Pour la pureté du geste, la beauté du visible, la transparence : comme Sennett l’avait discuté dans The Craftsman, valoriser viscéralement le geste et l’outil revient à honorer la tradition. Pourtant, à trop célébrer la vis apparente et le vide maîtrisé, ne risque-t-on pas d’encenser une certaine fatigue du minimalisme ? Ce qui, chez Fumi, frôle le maniérisme, demeure sauvé par la sincérité du projet.

Le range-bûches Fumi en est un autre exemple. Construit en acier thermolaqué plié et façonné avec précision, il reprend la même grammaire formelle : structure équilibrée, légèreté visuelle, solidité maîtrisée. Si sa fonction première reste le stockage du bois, son design polyvalent permet d’y glisser magazines, serviettes ou objets du quotidien. Cette adaptabilité incarne la philosophie commune d’Eldvarm et de Delvigne : concevoir des objets faits pour vivre dans la maison, au-delà de leur usage initial. Dans cette approche, la frontière entre le fonctionnel et le décoratif s’efface — non pas par posture, mais par justesse.

Les deux pièces traduisent un dialogue entre cultures : l’approche française de Delvigne, marquée par la justesse des proportions et le sens du détail, s’accorde à l’héritage scandinave d’Eldvarm, fondé sur la simplicité, la fonctionnalité et la sincérité des matériaux. Noir, terre ou blanc, acier thermolaqué, bois massif de noyer ou de frêne, laiton et fibres naturelles pour les brosses — chaque matière, chaque ton contribue à cette sobriété habitée…

 

Visuels © : Eldvarm



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