Concevoir une architecture pleinement liée à un paysage implique d’abandonner l’idée d’un terrain neutre. En contexte rural, forestier ou montagnard, le projet naît d’éléments déjà présents : arbres remarquables, pentes affirmées, structures existantes, zones d’ombre et d’ensoleillement, qualité des sols. 

Le site devient dès lors un système actif qui oriente les choix : tracer des circulations le long d’une prairie, installer un bâtiment en retrait d’un boisement, ou encore s’appuyer sur une déclivité pour organiser les niveaux. Le geste architectural ne cherche pas à corriger le terrain ; il s’accorde à ses lignes, à ses vues et à ses rythmes. 

Lire le terrain comme une structure préexistante

Cette attention fine au lieu reconfigure la relation à la lumière. Dans certains projets, cela conduit à chercher un point haut ou un ensoleillement dégagé pour installer un volume suspendu au-dessus d’un vallon, capable d’ouvrir largement les espaces de vie sur la canopée. À l’inverse, une maison organisée autour d’un patio circulaire tire parti des variations de lumière tout au long de la journée, transformant ce dispositif central en véritable baromètre solaire. Dans un ancien camping reconverti en centre de loisirs, la lumière traverse les galeries extérieures et les préaux ouverts, créant un gradient entre prairie, boisement et espaces bâtis. Partout, l’architecture se positionne en fonction de ce que le site autorise ou retient : zones fraîches, zones lumineuses, dégagements visuels, lisières végétales, reliefs appris au fil du temps.

Matériaux locaux, paysages économiques et gestes mesurés

Cette logique d’immersion se prolonge dans la matière. En paysage, la construction se fait souvent avec ce qui est déjà là, ou avec ce qui en porte l’écho. À Valle de Bravo, au Mexique, Fernanda Canales pour House 720 Degrees a choisi un mélange de terre du site et de béton afin de retrouver une teinte accordée au sol environnant. À Lescun, la réhabilitation des granges pastorales repose sur la pierre existante, nettoyée et rejointoyée, et sur une structure bois qui prolonge les techniques de charpente traditionnelles. Dans le Vexin, retirer des couches ajoutées au fil des décennies permet de révéler la texture brute d’un moellon mêlé de silex et de reconnecter la bâtisse à son ancrage géologique. Au centre de loisirs d’Uzurat, la construction en filière bois locale, l’usage d’isolants géosourcés comme la paille hachée ou le chaux-chanvre, et l’emploi massif du réemploi (tuiles récupérées, bois d’anciens parquets, portes transformées) montrent une autre façon de composer avec le paysage : en mobilisant ses ressources, ses déchets, ses cycles et son économie matérielle.

Ces gestes restent mesurés. Ils ne cherchent pas à sursignifier la nature ; ils lui répondent. Dans la vallée d’Aspe, l’organisation des niveaux d’une grange réhabilitée suit précisément la pente existante ; dans le Vexin, une extension quitte volontairement la zone ombragée pour capter une lumière rare ; à Uzurat, conserver la trame végétale initiale structure l’ensemble du projet.

Partout, le paysage n’est pas l’arrière-plan du bâti mais son moteur : un partenaire qui guide orientation, volumes, dispositifs de seuil, choix constructifs et usages. C’est cette relation, précise et située, qui définit aujourd’hui l’un des gestes les plus significatifs de l’architecture contemporaine hors des villes.

 

Vanessa Bernard

 

Visuels © : Rafael Gamo, Camila Cossio, Marion Ségot, Aurélien Chen, Frédéric Tremege



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