Le ZEF rouvre la Gare Franche : une réhabilitation signée Kristell Filotico, Lætitia Sallé-Gliozzo, Matthieu Poitevin et Thomas Brétignière Après deux ans et demi de travaux, la scène nationale de Marseille retrouve l’usage de ses deux sites, dont la Gare Franche, entièrement réhabilitée sous la conduite des architectes Kristell Filotico, Lætitia Sallé-Gliozzo, Matthieu Poitevin et Thomas Brétignière. Situé au cœur du 15e arrondissement, ce lieu de création mêlant patrimoine, art et écologie a fait l’objet d’une rénovation complète où chaque choix constructif traduit une attention éthique et locale.La Bastide du XVIIe siècle, cœur historique du site, a été consolidée, désamiantée et restaurée dans le respect des savoir-faire traditionnels. Ses annexes, devenues instables, ont laissé place à une extension en ossature bois, accueillant de nouveaux bureaux et locaux techniques. Les matériaux ont été choisis pour leur provenance et leur faible impact : pierres des Estaillades pour la voûte, enduits à base de sable de Sainte-Marthe, charpente et isolants biosourcés. L’ensemble du chantier s’est appuyé sur des ressources régionales, inscrivant la réhabilitation dans le paysage provençal qui l’entoure.« Notre rôle d’architecte est celui d’un jardinier », explique Kristell Filotico. « Faire attention à ses gestes, vérifier ce qu’il se passe, réparer avec délicatesse. » Cette approche sensible se retrouve dans le traitement paysager du talus, stabilisé et replanté pour relier la Bastide, l’Usine et les jardins. Dépollution des sols, canalisation des eaux pluviales, transparence des circulations : tout concourt à faire du site un espace vivant et perméable, à la fois refuge écologique et lieu de travail.L’Usine, quant à elle, a fait l’objet d’une remise à niveau technique majeure. Amélioration de l’isolation et de la ventilation naturelle, nouveaux réseaux électriques et informatiques, sol polyvalent, loges créées de toutes pièces : l’espace devient un outil modulable, adapté aux besoins des compagnies et aux différentes configurations scéniques. Un accès poids lourds a également été aménagé pour faciliter la logistique des spectacles.Au-delà du chantier, la réouverture de la Gare Franche signe la pleine expression du projet « Au fil de l’autre », porté par Francesca Poloniato-Maugein. Ici, la fabrique artistique prend racine dans le territoire. La Bastide accueille désormais jusqu’à treize artistes en résidence dans des conditions d’immersion totale : travail, hébergement et cuisine se mêlent dans une même dynamique collective. L’Usine, son plateau et ses jardins deviennent les prolongements naturels de ce lieu de vie et de création.Autour, les jardins partagés et la Parcelle aux 4 vents incarnent la dimension écologique du ZEF. Espaces cultivés, compost, poulailler, four à pain ou ateliers culinaires tissent des liens entre habitants, artistes et équipes. Ces espaces de verdure, suspendus entre la cité du Plan d’Aou et le noyau de Saint-Antoine, ouvrent la scène nationale sur la ville et réaffirment la volonté d’un projet culturel ancré, vivant, et durable. Visuels © : Sebastien Normand Précédent Suivant