Perché à 2 720 mètres d’altitude, face aux montagnes sacrées du comté de Deqin (province du Yunnan), le Domaine Floraisin Winery repense les codes de l’architecture tibétaine pour accueillir un chai enraciné dans la culture locale. Conçu par PL-T Architecture sous la direction de Wang Jianfeng, le projet associe restauration, transformation et extension d’une ancienne maison tibétaine, pour en faire à la fois un lieu de production, un espace communautaire et un symbole de cohabitation entre l’homme et la nature.

L’intervention s’appuie sur les matériaux vernaculaires — terre battue, briques creuses, bois, pierre — et sur le savoir-faire d’artisans du village, mêlant ainsi transmission culturelle et économie locale. Les éléments démontés de l’ancien bâti (escaliers, menuiseries, outils, tuiles) ont été réemployés dans les extensions, inscrivant la rénovation dans une logique de construction circulaire.

Les nouveaux volumes prolongent l’implantation originelle : une terrasse ouverte sur la montagne sert de lieu d’échanges entre vignerons et habitants ; l’ancien enclos à bétail devient une cour en contrebas où se déroulent des danses traditionnelles ; la salle de dégustation, en surplomb du vide, joue avec la lumière et les reflets de l’eau. Les murs perforés de briques locales abritent les nids d’oiseaux, transformant la façade en surface vivante.

Le projet préserve la mémoire du lieu tout en l’ouvrant à de nouveaux usages. Le volume blanc ajouté enveloppe doucement la structure d’origine ; la patine des murs anciens dialogue avec la blancheur des parois neuves, créant une stratification temporelle perceptible dans les variations de lumière. La continuité du blanc relie les époques, tandis que les traces de l’ancien bâtiment affleurent comme un palimpseste.

Certaines composantes symboliques ont été conservées : le sanctuaire et son brûleur d’encens ont simplement été restaurés et éclairés ; les briques ajourées réinterprètent le mur de prières traditionnel tibétain. Par leurs vides, elles transforment la parole sacrée en lumière mouvante — un « mur d’écriture vide » où le soleil et le vent inscrivent le passage du temps. En bord de terrasse, les briques posées à 45 degrés rappellent le nœud tibétain de l’éternité, tandis que des pots anciens intégrés aux murs évoquent la géométrie des mandalas.

L’ancien grenier, converti en chais et atelier, exploite la masse thermique des murs en terre pour stabiliser naturellement la température, sans recours à la climatisation. Ce travail d’économie constructive, soutenu par l’usage du moteur 3D Unreal Engine pour simuler lumière et volumes, illustre une approche immersive où la conception s’ancre dans le terrain : Wang Jianfeng a vécu sur place durant le chantier, observant les liens entre habitants, matériaux et paysage.

 

Visuels © : Wang Jianfeng

 



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