Sur les hauteurs de Sainte-Lucie-de-Tallano, en Corse, le Couvent Saint-François se dresse de nouveau. Fondé en 1492 et à l’abandon depuis des décennies, cet édifice partiellement en ruine a retrouvé une forme de sacralité grâce à l’intervention d’Amelia Tavella. Finaliste de l’édition 2025 du Prix européen AHI (Architectural Heritage Intervention), l’architecte corse signe ici un projet où la mémoire se conjugue au présent, sans rupture ni pastiche.

Le couvent, autrefois château défensif, puis lieu de prière, était réduit à l’état de vestiges. En lieu et place d’une simple restauration, Tavella imagine un geste architectural qui assume l’absence autant que la présence. La partie détruite devient une “part fantôme” vêtue de cuivre, greffée à la pierre d’origine. Ce matériau, choisi pour sa douceur, sa lumière, sa propension à se patiner, s’insère avec délicatesse dans le granit. L’ensemble ne reconstruit pas l’exact, mais ravive une silhouette, une émotion.

La nature elle-même a contribué à cette lente métamorphose. Un figuier, enraciné dans les murs, a longtemps empêché l’effondrement complet de l’édifice. Ses racines, désormais structurelles, participent à l’équilibre du lieu. Tavella les a conservées, comme un hommage silencieux à ce qui fut. Cette attention au vivant, au site et à ses forces invisibles, guide tout le projet.

À l’arrière, le bâtiment s’ouvre sur une oliveraie, tandis qu’à l’avant, le regard plonge dans les montagnes corses. Ce théâtre naturel impose une forme de retenue. Rien ne doit heurter, tout doit s’accorder. Ainsi, l’intervention joue sur la lumière : les moucharabiehs de la nouvelle construction filtrent le soleil comme des vitraux, en résonance avec la spiritualité du lieu. L’intérieur devient cathédrale, sans en emprunter les signes attendus.

Plus qu’une réhabilitation, c’est une “renaissance”, selon les mots de l’architecte. Une manière d’habiter les ruines sans les effacer, d’y inscrire une architecture contemporaine respectueuse, presque furtive. « Je n’ai pas retiré, j’ai accroché », écrit-elle. Son geste, intuitif et éthique, s’apparente à celui d’un archéologue ou d’un poète. Il révèle plutôt qu’il impose, prolonge sans dominer.

Déjà finaliste du prix Mies van der Rohe en 2024 pour ce même projet, Amelia Tavella confirme avec cette nouvelle distinction sa place singulière dans le paysage européen. Son architecture sensible, enracinée dans la Corse mais toujours tournée vers l’ailleurs, fait du passé un socle. Et de chaque projet, une œuvre habitée.

 

Visuels © : Thibaut Dini

 

 



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