À l’heure où la durabilité urbaine devient un enjeu mondial, Shanghai inaugure un projet architectural hors normes. Le Centre de valorisation énergétique des déchets de Baoshan, conçu par l’agence Ballistic Architecture Machine (BAM), redéfinit les standards de l’infrastructure industrielle. Sur les vestiges d’un ancien haut-fourneau, la ville chinoise transforme un site de production en véritable repère civique.

Avec ses 128 000 m², l’installation traite quotidiennement plus de 11 000 tonnes de déchets, combinant incinération et digestion anaérobie. Mais loin de s’arrêter à la performance technique, BAM imagine une architecture engagée : ni hangar déguisé, ni geste spectaculaire, mais une approche hybride où paysage et bâtiment se fondent, pour offrir une lecture sensible et pédagogique d’un équipement souvent marginalisé.

La volumétrie du bâtiment prend ici la forme d’une montagne artificielle. Sa façade stratifiée évoque la géologie, et son toit percé de grandes ouvertures — répondant à des contraintes de sécurité incendie — donne à lire une coque poreuse, presque organique. Vue de loin, l’installation affirme sa présence. Vue de près, elle s'efface partiellement, grâce à une série de perforations et de percements qui atténuent son échelle.

Sur le toit, un parc paysager de 10 hectares prolonge cette stratégie d'intégration. Cet espace vert surplombe les installations techniques tout en les dissimulant, et invite à la promenade, à la contemplation ou à la pédagogie environnementale. La toiture devient ainsi un nouveau sol, rendant l’infrastructure accessible et appropriable par les habitants.

Côté programme, BAM pousse l’expérience plus loin en imaginant une « mini-ville » immersive pour les visiteurs. Sur la façade, des volumes ludiques émergent pour accueillir un musée des déchets, des espaces d’exposition, des zones ludiques et une salle de cinéma 4D. Ce dispositif vise à changer le regard sur les déchets par une approche sensorielle et historique, retraçant les grandes étapes de leur gestion depuis l’ère des dinosaures jusqu’à l’ère numérique.

Ce projet s’inscrit dans la stratégie de neutralité carbone de Shanghai à l’horizon 2060, avec une réduction estimée de plus de 3 millions de tonnes de CO₂ par an. Plus encore, il amorce un changement de paradigme dans l’intégration des infrastructures dans la ville. En affrontant la logique NIMBY (« Not In My Backyard »), BAM démontre qu’un équipement industriel peut devenir un symbole de transition, voire un espace civique évolutif, capable demain d’être reconverti au gré des avancées technologiques.

 

Visuels © : Derryck Menere



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