Avec Under the Skin, Charlotte Taylor propose une lecture singulière de la céramique en architecture intérieure. Conçu à l’occasion des 90 ans de Marazzi, le projet prend la forme d’une maison imaginée, sans ancrage géographique précis, où chaque espace est pensé comme une scène habitée. Plus qu’un exercice de style, cette maison fictive interroge le rôle de la surface céramique dans la construction d’un récit architectural.

La démarche de la designer britannique repose sur une approche progressive. Le projet ne part pas d’un plan global, mais d’éléments isolés – un objet, une table, une surface – qui structurent ensuite la pièce, puis l’ensemble de la maison. Charlotte Taylor explique avoir d’abord étudié les collections Marazzi, leurs formats, leurs nuances et leurs typologies, avant d’imaginer comment elles pouvaient s’articuler dans des espaces cohérents. Cette méthode met en évidence une caractéristique centrale de la céramique contemporaine : sa capacité à relier architecture et mobilier au sein d’un même langage matériel?

Dans ce projet, la céramique n’est jamais cantonnée à un rôle décoratif. Elle traverse les usages et les échelles. Le bureau, pensé comme un espace volontairement dépouillé, repose sur une finition mate et des teintes neutres afin de laisser la lumière structurer le volume. Le sol en Crogiolo ArtCraft Argilla renvoie aux ateliers d’artistes du sud de l’Europe, introduisant une référence culturelle et sensible sans effet de citation littérale.

Le salon et la cuisine accentuent cette logique de continuité. Les surfaces en grès cérame dialoguent avec des éléments de mobilier intégrés, effaçant la frontière entre structure et usage. Dans la cuisine, les carreaux noirs Crogiolo Lume cohabitent avec des grandes dalles évoquant la pierre, tandis que le sol plus clair vient équilibrer l’ensemble. La céramique devient ici un outil de composition, capable d’orchestrer contrastes et équilibres au sein d’un même espace.

La chambre et la salle de bain marquent un glissement vers une dimension plus intime. Les textures s’affirment, les reliefs apparaissent, notamment à travers l’utilisation de carreaux à la surface marquée pour la tête de lit ou les éléments intégrés. Charlotte Taylor revendique un usage plus expressif de la matière dans ces espaces qu’elle qualifie de « sacrés », où le calme et la perception sensorielle priment sur la neutralité.

Enfin, l’extérieur prolonge cette continuité matérielle. Les sols, les marches et les abords de la piscine sont traités sans rupture, brouillant volontairement la frontière entre intérieur et extérieur. L’inspiration méditerranéenne, revendiquée par la designer, s’exprime ici moins par la forme que par l’usage de la céramique comme surface de transition, capable d’accompagner le mouvement et la lumière

Source : extraits du volume « Marazzi Under the Skin. De la surface à l’essence de l’habitat », dirigé par Studio Blanco et Cosimo Bizzarri

 

Visuels © : Marazzi, projet Charlotte Taylor



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