Dans cet appartement de plus de 316 m², situé au quatrième étage d’un immeuble du début du XXᵉ siècle rue Lincoln, Maison Kyka travaille le sol comme un élément structurant du décor. La rénovation ne repose pas seulement sur une accumulation de matières, de couleurs et de références néo-antiques ou Art déco : elle s’appuie aussi sur une écriture graphique au sol, qui accompagne la distribution singulière du lieu, réparti sur deux niveaux.

Dès l’entrée, le projet annonce ce principe. Les tonalités chaudes, les frises inspirées de l’Antiquité et les détails dorés installent une atmosphère théâtrale, presque palatiale. Le sol participe pleinement à cette mise en scène : son motif cadré prolonge la perspective, guide le regard vers les pièces de réception et dialogue avec les murs rouges, l’ocre des passages voûtés et les pièces de mobilier sombres. Dans cet espace de seuil, le décor se lit aussi sous les pas, comme une surface de transition entre la rue et l’univers intérieur.

Cette attention se retrouve dans les pièces d’eau, où le carrelage devient un outil de composition. Dans les salles de bain, les motifs géométriques au sol rythment des volumes volontairement sobres, souvent dominés par des teintes claires, des lavabos sur structures métalliques, des miroirs graphiques et des vitraux réalisés sur mesure par l’atelier Fany Glass. Le contraste entre le dessin précis du carrelage et la retenue des murs donne de la profondeur à ces espaces techniques, sans les surcharger.

Maison Kyka joue aussi sur les formes au sol. Dans l’une des salles de bain, la baignoire îlot s’inscrit dans une composition arrondie, soulignée par une ligne courbe qui découpe l’espace et adoucit la géométrie générale de la pièce. Ce traitement permet d’introduire du mouvement dans un volume apaisé, en camaïeu de beiges. Ailleurs, le motif répété du carrelage accompagne la douche ou les zones de vasque, en installant une continuité visuelle entre usage et décor.

Dans les espaces plus intimes, le parquet et les revêtements textiles prennent le relais. La suite principale, pensée comme un refuge, privilégie une ambiance feutrée, où les beiges, les bois et les matières texturées enveloppent la pièce. L’escalier, lui, affirme une rupture plus spectaculaire : des marches noires habillées d’un coureur au motif léopard dessinent une ascension presque secrète vers le niveau sous les toits. Ici encore, le sol ne se contente pas d’habiller. Il oriente, signale et donne son intensité au passage.

 

Visuels © : Clément Gérard, Oracle Paris



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