Le bambou, le rotin, l'osier, le raphia ou encore la canisse et la corde tressée font un retour remarqué dans l'architecture contemporaine. Autrefois plutôt plébiscitées pour les vérandas ou les résidences secondaires, ces matières ne se contentent plus de réchauffer l'atmosphère : elles favorisent la respiration des espaces, tamisent la luminosité et instaurent un dialogue subtil avec l'environnement extérieur pour un confort authentique.

Ce regain d'intérêt s'explique par une quête de sensorialité. Dans des volumes souvent marqués par des lignes épurées, des sols minéraux ou une blancheur omniprésente, les fibres végétales apportent une dimension tactile nécessaire. Qu'il s'agisse d'un luminaire, d'une assise ou d'un simple tapis, ces éléments modifient la perception d'une pièce en accrochant la lumière et en créant des jeux d'ombres texturés, sans pour autant saturer la décoration. On retrouve cette approche dans des réalisations comme Les Tonnelles à Sète, où l'usage du tressage et du rotin vient souligner des matériaux nobles tels que le bois, le lin ou encore le béton ciré. Mais l’intérêt du sujet dépasse l’esthétique bohème chic puisque ces matières permettent de composer des intérieurs plus souples, moins figés, capables de faire le lien entre séjour, terrasse, jardin, piscine ou paysage.

Une matière de transition entre intérieur et extérieur

Car le rotin et les fibres naturelles fonctionnent particulièrement bien dans les lieux où la frontière entre dedans et dehors est volontairement atténuée. Leur présence crée une continuité visuelle avec les végétaux, les sols en pierre, les menuiseries bois, les voilages ou les espaces ombragés. Dans une maison ouverte sur une terrasse comme dans un hôtel situé près d’un environnement tropical, ces éléments évitent la rupture entre architecture intérieure et contexte naturel. C’est ce que montrent, chacun à leur manière, les projets associés au Domaine d’Anbalaba à l’île Maurice ou à l’Hotel Indigo Kuala Lumpur. Dans le premier cas, les fibres naturelles participent à une ambiance tropicale chic, en lien avec les grandes ouvertures, les terrasses et les vues sur le lagon. Dans le second, le rotin, le bois sombre et les textiles accompagnent un imaginaire tropical plus urbain, lié à la proximité de la réserve forestière de Bukit Nanas. Dans les deux cas, la matière ne relève pas seulement du décor : elle sert à ancrer l’intérieur dans son environnement.

Cette logique explique aussi le retour des suspensions tressées. Elles diffusent une lumière plus douce, parfois filtrée, qui transforme l’atmosphère le soir venu. Là où un luminaire très technique affirme sa présence, le rotin, le raphia ou le bambou créent une lumière plus domestique, plus enveloppante, souvent associée aux moments de détente, aux repas, aux chambres ou aux espaces communs d’hôtellerie.

Un néo-rustique plus précis que nostalgique

Parler de rotin ne signifie pas forcément revenir à une image datée de la maison de vacances. Les projets contemporains l’utilisent plutôt dans une lecture néo-rustique : des matières brutes, mais maîtrisées, une palette naturelle, mais pas monochrome ou encore, une référence artisanale, mais intégrée à des espaces très dessinés. Le tressage n’est pas là pour produire un décor folklorique , il est là pour apporter du relief à des compositions souvent sobres. Cette évolution tient aussi à une forme de retenue. Le rotin fonctionne mieux lorsqu’il apparaît par touches : une assise, un luminaire, un miroir, un objet mural, une tête de lit, un détail de mobilier. 

Les palettes qui l’accompagnent restent souvent proches du paysage : sable, écru, lin, miel, brun chaud, cannelle, terracotta, parfois rehaussées de touches plus solaires ou plus végétales. Des couleurs qui prolongent la matière plutôt qu’elles ne la contredisent et installent une atmosphère calme, mais jamais froide ; simple, mais jamais pauvre.

 

Vanessa Bernard

 

Visuels © : Christophe Abbes, Kit Cheng



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