À l’heure où les plans se décloisonnent et où les volumes se simplifient, les sols et surfaces redeviennent un outil de composition majeur. Terrazzo, mosaïques et marqueteries contemporaines ne se contentent plus d’habiller l’espace : ils en dessinent les contours, en structurent les usages et participent pleinement à l’identité des lieux. Par leur matérialité et leur précision, ces surfaces horizontales s’imposent comme de véritables éléments d’architecture.

Le terrazzo, en particulier, connaît un regain d’intérêt notable depuis une dizaine d’années. Héritier d’une tradition italienne née à Venise au XVe siècle, ce matériau composite (mélange de fragments de pierre naturelle ou de marbre liés par un ciment ou une résine) séduit par sa robustesse et sa plasticité esthétique. Les techniques contemporaines permettent d’en varier la granulométrie, la teinte de la matrice ou la densité des inclusions, offrant des surfaces tantôt graphiques, tantôt presque minérales. Dans les intérieurs actuels, il est utilisé autant pour unifier de grands plateaux que pour marquer des zones spécifiques : socles, circulations, comptoirs, voire éléments de mobilier intégré. Sa capacité à absorber les usages intensifs tout en conservant une qualité tactile en fait un matériau privilégié dans les hôtels, écoles, commerces et logements collectifs.

Les mosaïques, entre précision artisanale et industrialisation 

Les mosaïques, quant à elles, oscillent entre précision artisanale et industrialisation maîtrisée. Traditionnellement associées aux salles d’eau et aux espaces humides, elles investissent désormais halls, cuisines ouvertes ou même pièces de vie. Le travail sur le calepinage devient un enjeu de projet : alignements rigoureux, compositions géométriques ou transitions de teintes permettent de structurer visuellement les espaces sans recourir à des cloisons. La mosaïque ne se limite plus à l’ornement ; elle agit comme une trame capable de guider le regard et d’accompagner les circulations.

La marqueterie connaît, elle aussi, une relecture contemporaine. Historiquement liée au mobilier et aux parquets d’apparat, elle s’émancipe de son image classique pour explorer des dessins plus abstraits ou minimalistes. Les parquets en marqueterie noire, les compositions en bois contrastés ou les insertions métalliques participent à une mise en tension entre tradition et modernité. Dans certains projets, la marqueterie est conservée et restaurée comme témoin patrimonial ; dans d’autres, elle est réinterprétée pour dialoguer avec des matériaux plus bruts comme la pierre ou le béton.

Entre héritage et innovation

Ce retour en force des sols expressifs s’inscrit dans une évolution plus large de l’architecture intérieure. Face à des espaces souvent décloisonnés, les surfaces horizontales deviennent des leviers pour hiérarchiser sans compartimenter. Un changement de matière ou de motif peut signaler une fonction, accompagner une perspective ou créer un seuil symbolique. Le sol n’est plus neutre : il raconte, oriente, relie.

Terrazzo, mosaïques et marqueteries modernes partagent ainsi une même qualité : leur capacité à conjuguer héritage et innovation. Par leur matérialité, ils ancrent les projets dans une tradition artisanale ; par leur mise en œuvre actuelle, ils répondent aux exigences contemporaines de durabilité, de flexibilité et d’identité. Dans l’architecture d’intérieur, les surfaces ne sont plus un arrière-plan discret. Elles deviennent le point de départ du récit spatial.

 

Vanessa Bernard

 

Visuels © : Clase Azul, Nicolas Anetson



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