Henri Ciriani à l’honneur : « Le musée bleu, une architecture couleur du temps » à Arles À l’occasion de ses 30 ans, le musée départemental Arles antique consacre une exposition à sa propre architecture. Intitulée Le musée bleu, une architecture couleur du temps, elle revient sur la genèse et la portée du bâtiment conçu par Henri Ciriani, inauguré en 1995 sur la presqu’île du Cirque Romain.Le projet du musée, lauréat d’un concours lancé en 1983 dans le cadre des Grands Projets de Province sous la présidence de François Mitterrand, marque un tournant dans la carrière de Ciriani. Récompensé un an plus tôt par l’Équerre d’argent et le Grand Prix national d’architecture, l’architecte péruvien-naturalisé français, conçoit là l’une de ses œuvres les plus abouties. Le bâtiment triangulaire, en béton habillé de verre émaillé bleu (Emalit), s’inscrit dans une réflexion sur la lumière, l’espace et la relation au paysage arlésien.Le bleu azuré des façades fait directement écho au ciel de Provence. Ciriani aimait évoquer la robe « couleur du temps » demandée par Peau d’Âne dans le film de Jacques Demy : ce verre émaillé ne reflète pas frontalement, mais capte subtilement les variations du vent, de l’eau, du temps et des corps. Le musée n’est pas pensé comme un objet monumental mais comme un parcours, dans lequel le visiteur évolue à travers un espace dynamique, fluide et baigné de lumière blanche.L’exposition retrace cette histoire à travers maquettes, dessins préparatoires, archives critiques, et documents prêtés notamment par la Cité de l’architecture et du patrimoine, qui avait présenté une version de cette exposition en 2019. On y suit également la constitution des collections arlésiennes, de la fin du XVIIIe siècle jusqu’à la création du musée, en passant par l’ancien musée lapidaire.En complément, une collecte de témoignages menée en 2025 donne la parole à celles et ceux qui ont fréquenté le musée : habitants de la presqu’île, visiteurs, anciens collaborateurs. Présentés sous forme de bornes sonores, de photographies et d’objets personnels, ces récits dessinent un musée vécu au quotidien.Le premier étage de l’exposition s’ouvre à la création contemporaine. Le plasticien SMITH y installe Earth Time Fabric, une enseigne lumineuse mêlant les figures mythologiques de Prométhée et Aiôn. À ses côtés, neuf étudiants de l’École nationale supérieure de la Photographie exposent des œuvres créées pour l’occasion, réunies sous le titre Mais pour qui la pierre se prend-elle ? Leurs installations interrogent la manière dont les traces du passé peuvent dialoguer avec les crises du présent.La scénographie, signée Martin Michel, utilise des matériaux bruts (contreplaqué de pin, béton) et des couleurs inspirées du musée : bleu, blanc, rouge. Elle établit une continuité entre l’exposition temporaire et les collections permanentes, actuellement en rénovation.Enfin, le jardin Hortus, situé entre le musée et le Rhône, présente en plein air une série de visuels grand format retraçant les grands moments de la vie du musée depuis 1995.L’exposition est à découvrir au musée départemental Arles antique jusqu’au 2 novembre 2025. Elle est réalisée en partenariat avec la Cité de l’architecture et du patrimoine, l’École nationale supérieure de la Photographie et les Rencontres d’Arles, dans le cadre du programme “Arles associé”. Visuels © : Rémi Bénali, MDAA Précédent Suivant