75 ans d’amitiés : le musée d’art moderne de Céret célèbre ses liens avec les artistes À Céret, le musée d’art moderne célèbre ses 75 ans à travers une exposition conçue comme un hommage aux artistes qui ont bâti son identité. Commissariée par Jean-Roch Dumont Saint Priest, directeur-conservateur du musée, et Aude Marchand, responsable des collections, l’exposition 75 ans d’amitié, les artistes et le musée est visible du 12 avril au 16 novembre 2025. Plus de soixante œuvres emblématiques y retracent les affinités qui ont façonné les collections depuis 1950.Le parcours débute avec les donations fondatrices. Henri Matisse offre treize dessins réalisés pendant la période fauve, complétés en 1954 par une Grande tête de femme (1945). Marc Chagall confie sept œuvres inspirées de la Méditerranée et du rêve, tandis que Pablo Picasso, entre 1950 et 1956, fait don de 57 pièces – peintures, céramiques, estampes – dont plusieurs évoquent son dialogue avec l’histoire de l’art, notamment les gravures influencées par Lucas Cranach. D’autres artistes comme Valentine Prax, Auguste Herbin ou Christine Boumeester, engagée dans la Résistance et proche du cercle surréaliste, participent également à l’ancrage initial du musée.Les six premiers directeurs, eux-mêmes artistes, jouent un rôle moteur dans la construction de cette collection. Pierre Brune, Frank Burty Haviland ou Georges Badin mobilisent leurs réseaux pour faire venir à Céret de jeunes créateurs alors peu visibles dans les institutions du Sud. Dans les années 1970, Claude Viallat, Jean Capdeville ou Vincent Bioulès exposent à Céret et entretiennent des liens durables avec le musée. Bioulès réalise en 1980 le Cantique des créatures IV, témoignage de son retour à la figuration après l’abstraction.L’exposition donne aussi à voir des commandes monumentales, comme Du simple au double, installation de Toni Grand composée de 17 cylindres en polyester et verre, réalisée en 1993. Tom Carr y présente une nouvelle version de Paysage intérieur, imaginée pour les 75 ans du musée, ainsi que The Dance III, mobile suspendu évoquant ses allers-retours entre Barcelone, New York et Céret. Le dialogue avec la Catalogne se prolonge avec les œuvres de Josep Riera i Aragó, notamment Avió Ceret, sculpture poétique aux lignes industrielles.Depuis les années 2000, d’autres artistes ont rejoint cette histoire. Anne-Marie Pêcheur, Christian Bonnefoi ou Najia Mehadji ont enrichi les collections avec des pièces sur la danse, le langage ou les traditions méditerranéennes. Hervé Fischer, avec Pharmacie Fischer (2010), y ajoute une touche critique et ludique. Toutes ces œuvres traduisent l’évolution d’un musée fondé sur la transmission et la fidélité, devenu acteur d’un dialogue permanent entre territoire, mémoire et création.Pensée comme un récit à plusieurs voix, l’exposition revient sur un modèle rare : celui d’un musée construit non par les institutions, mais par les liens tissés avec les artistes. Visuels © : Nicolas Giganto Précédent Suivant