Mitja Tušek & Bertille Bak à La Centrale : une exposition entre illusion et représentation À Bruxelles, La Centrale accueille jusqu’au 24 août l’exposition Wait and See, née d’un dialogue inattendu entre deux artistes aux pratiques opposées mais complémentaires : Mitja Tušek, peintre inclassable passé par la Documenta IX, et Bertille Bak, vidéaste engagée récemment nommée au Prix Marcel Duchamp.La rencontre entre ces deux univers se construit autour d’une interrogation commune : comment se construit une image ? Que montre-t-on vraiment – et que cache-t-on ? Chez Tušek, la peinture se fait jeu d’ambiguïtés. Il puise dans l’histoire de l’art, du Moyen Âge à Ensor, et détourne les codes de la figuration comme de l’abstraction. Des portraits apparaissent dans des motifs abstraits, des paysages se dissimulent sous des couches de matière. Certaines œuvres évoquent les tests de Rorschach, brouillant volontairement la lecture. Les supports eux-mêmes – métaux, surfaces réfléchissantes ou absorbantes – renforcent cette sensation d’image insaisissable.Dans Wait and See, plusieurs grandes toiles révèlent cette tension entre le visible et le perçu. L’image y est travaillée sur la durée, par strates, comme si chaque couche renforçait à la fois la densité de la matière et l’incertitude du regard. Ce n’est pas un effet visuel, mais un principe de construction.En contrepoint, Bertille Bak investit l’espace avec des vidéos et installations mêlant fiction et documentaire. Son approche relève d’un engagement social, mais jamais frontal. Elle travaille avec des communautés – ouvriers, minorités, familles déplacées – en intégrant leurs récits dans des dispositifs aussi décalés que percutants. Loin d’un réalisme militant, son art expose les mécanismes de fabrication des images : ses vidéos montrent les décors, les répétitions, les gestes de ceux qu’on filme.« L’art n’est qu’un simulacre », rappelait-elle récemment au Jeu de Paume. Une phrase qui résonne ici avec les illusions visuelles de Tušek. Ensemble, leurs œuvres déconstruisent nos certitudes sur ce que l’on voit – ou croit voir.L’exposition s’inscrit dans une programmation plus large à La Centrale, avec deux projets en parallèle : Tellus Project, installation-performance autour des sols pollués par Caroline Le Méhauté et la chorégraphe Isabella Soupart, et Porteuses, installation sculpturale de Maëlle Dufour autour de la rivière enfouie de la Senne.À travers ce croisement de médiums et de temporalités, Wait and See explore l’image dans sa construction, sa mémoire, sa charge politique ou émotionnelle. Une exposition à voir, mais aussi à questionner. Comme son nom l’indique, il faudra peut-être attendre – et regarder autrement – pour vraiment comprendre ce qui se joue. Visuels © : Vue de l’exposition - Wait and See - Mitja Tusek / Bertille Bak - La Centrale - 2025 - Philippe De Gobert Précédent Suivant