Longtemps dominé par des logiques de rendement et de standardisation, le logement collectif connaît aujourd’hui une inflexion nette. Sous l’effet combiné de la raréfaction du foncier, des exigences environnementales et des attentes accrues des habitants, les architectes développent des réponses plus situées, plus fines, qui reconfigurent autant la forme des bâtiments que leurs usages.

La taille et la morphologie des opérations ont ainsi sensiblement évolué. Si les grandes opérations de plus de 200 logements restent présentes dans les métropoles, elles s’accompagnent désormais d’un travail de fragmentation volumétrique pour éviter l’effet de masse. Les projets se décomposent dès lors plutôt en plots, îlots ouverts ou séquences bâties, afin de retrouver des échelles intermédiaires plus lisibles. À l’inverse, les opérations de taille moyenne (30 à 80 logements) deviennent un terrain d’expérimentation privilégié pour hybrider les typologies : collectif, intermédiaire et parfois maisons superposées coexistent au sein d’un même ensemble. Une diversification qui permet d’adresser des publics variés tout en densifiant sans uniformiser. Les exemples récents montrent une attention accrue à la porosité des îlots, avec la réintroduction de traversées piétonnes et de connexions aux espaces publics, loin des modèles fermés des décennies passées.

Épaisseur, gradation, orientation : une écriture architecturale plus complexe

Sur le plan architectural, plusieurs tendances se confirment. D’abord, le travail sur l’épaisseur du bâtiment : les façades ne sont plus planes, mais creusées par des loggias profondes, des terrasses en gradins ou des retraits successifs. Cette stratification permet de gérer simultanément l’ensoleillement, les vues et l’intimité. Ensuite, la question de l’orientation devient structurante. La multiplication des logements traversants ou bi-orientés, encouragée par des réglementations comme la RE2020 vise à améliorer le confort thermique et la ventilation naturelle. Enfin, la matérialité retrouve un rôle central : brique, pierre, béton matricé ou bois sont mobilisés non seulement pour leur performance, mais aussi pour inscrire les projets dans un contexte local, comme on l’observe dans plusieurs opérations récentes à Toulouse ou Montpellier.

Du logement au cadre de vie : espaces extérieurs, végétal et usages partagés

L’évolution la plus visible concerne sans doute la place accordée aux espaces extérieurs. Balcons filants, terrasses profondes ou jardins privatifs ne sont plus des ajouts, mais des éléments constitutifs du projet. Selon le rapport « Habiter la France de demain » (Ministère du Logement, 2021), la demande pour des prolongements extérieurs s’est fortement accrue depuis la crise sanitaire, influençant directement la conception des logements. En parallèle, le végétal devient une infrastructure à part entière : cœurs d’îlot plantés, toitures végétalisées, noues paysagères ou restanques accompagnent les dispositifs bâtis, contribuant à la gestion des eaux pluviales et à la réduction des îlots de chaleur urbains. Les espaces communs évoluent également. Loin des halls anonymes, on voit apparaître des cours partagées, des circulations ouvertes, voire des équipements mutualisés (locaux vélos généreux, buanderies, espaces de coworking) qui redéfinissent le collectif comme un cadre de vie et non plus seulement un empilement de logements. Cette attention portée aux usages intermédiaires rejoint les réflexions portées par de nombreux architectes dont les travaux ont mis en avant l’importance de l’espace et de la générosité des surfaces dans le logement.

 

Vanessa Bernard

 

Visuels © : Nicolas Borel, Roland Halbe, 



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