Aborder un bâtiment existant revient d’abord à en comprendre la structure, les matériaux, l’histoire, et surtout les limites imposées par son état ou par son contexte urbain. Maison individuelle, ensemble urbain dense ou résidence patrimoniale : ces opérations partagent une même exigence de justesse face à l’existant. Loin d’un modèle unique, elles révèlent une pluralité de démarches, où la transformation repose sur l’analyse fine du bâti, la maîtrise des ressources et une attention constante portée aux usages, au contexte et à la mémoire des lieux.

Dans un tissu résidentiel pavillonnaire comme celui de Carry-le-Rouet, la transformation d’une maison des années 1950 par AT – Céline Teddé & Jérôme Apack architectes montre comment une structure modeste peut accueillir de nouveaux usages sans altérer le site. Ici, l’extension repose sur une superstructure bois légère : un choix déterminé par la capacité portante du bâti initial et par la volonté de limiter l’impact au sol. Ce type de surélévation ne relève pas d’un geste spectaculaire mais d’une réponse ajustée aux contraintes structurelles et au souhait du maître d’ouvrage de préserver l’identité du lieu.

À l’opposé, la réhabilitation du « 206 Lafayette » à Paris, menée par DATA Architectes et THINK TANK Architecture, a dû composer avec neuf bâtiments aux périodes, écritures et états de vétusté très différents. Le projet démontre que travailler sur un ensemble composite implique non seulement des interventions ciblées, mais aussi des arbitrages forts : certaines structures ont été conservées, d’autres démolies avec accord patrimonial, et deux bâtiments neufs bas carbone ont été ajoutés pour assurer la cohérence globale. La gestion de chantier dans un milieu urbain dense (accès étroit, mitoyens multiples, logistique contrainte) fait partie des paramètres déterminants qui orientent la stratégie de réhabilitation.

Dans un registre encore différent, l’intervention de Le 23 Architecture sur la résidence Le Calvaire à Toulouse montre comment une opération patrimoniale exige une approche quasi chirurgicale. Ici, la compréhension des matériaux d’origine (mosaïques, modénatures Art Déco, ferronneries, carreaux de ciment) conditionne le projet. Chaque élément doit être restauré, consolidé ou remplacé à l’identique, tout en intégrant une rénovation thermique ambitieuse adaptée à des façades protégées.

Trois exemples qui montrent que la réhabilitation n’est jamais un geste uniforme : elle navigue entre maintien de l’existant, transformation structurelle, requalification des espaces, confortement thermique, ou intégration d’extensions ciblées. 

Frugalité, réemploi, performance : des leviers concrets pour des bâtiments plus durables

Par-delà leurs différences, ces projets illustrent une tendance commune : la frugalité constructive n’est pas un retrait, mais une ressource. Dans le projet de Carry-le-Rouet, la frugalité prend la forme d’une surélévation bois réversible, d’une emprise au sol inchangée, d’une ventilation naturelle favorisée par des logements traversants, et de matériaux biosourcés ou géosourcés. Le réemploi y est tangible : les escaliers, par exemple, sont fabriqués à partir des chutes de panneaux utilisées ailleurs dans le chantier.

Le « 206 Lafayette » met en œuvre la frugalité à une tout autre échelle : 68 % des surfaces existantes ont été conservées, et 2 500 m² de faux planchers ont été réemployés. Les bâtiments neufs intégrés à l’ensemble utilisent des matériaux bas carbone, et la « double peau » de la façade sud incarne une réponse climatique issue de stratégies bioclimatiques contemporaines. La végétalisation des toitures et cœurs d’îlot renforce la lutte contre les îlots de chaleur.

Dans la résidence Le Calvaire, la frugalité s’exprime par la restauration des qualités architecturales d’origine combinée à une réduction drastique des consommations énergétiques (jusqu’à 75 % selon les données du maître d’ouvrage) grâce à des interventions ciblées (isolation adaptée aux façades patrimoniales, réseau de chaleur urbain, création de faux plafonds pour réduire les volumes chauffés). Les logements sont modernisés sans altérer le caractère Art Déco : un équilibre souvent recherché mais rarement atteint avec autant de précision.

Des démarches qui montrent que la frugalité ne se résume pas à “faire moins” mais consiste  plutôt à faire autrement : conserver quand c’est possible, renforcer quand c’est nécessaire, réemployer quand c’est pertinent, et n’ajouter que ce qui améliore réellement les usages et les performances.

 

Vanessa Bernard

 

Visuels © : AT – Céline Teddé & Jérôme Apack architectes, Le 206 Lafayette avant reconversion / Groupe Redman, Guillaume Oliver



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