Quand la couleur donne son caractère à l’intérieur Dans l’architecture intérieure, la couleur devient un repère, une manière de hiérarchiser les volumes, d’installer une atmosphère, parfois même de signer un projet. Qu’elle soit appliquée aux murs, portée par un sol, un textile, une pièce de mobilier ou un objet, elle donne une identité immédiate, sans forcément passer par le spectaculaire.Après plusieurs années dominées par les neutres très sages, les palettes se réchauffent, se densifient et s’individualisent. Les bruns profonds, les verts sourds, les terracotta, les jaunes assourdis ou les rouges plus enveloppants reviennent dans les intérieurs, souvent associés à des matières tactiles : bois foncé, velours, terrazzo, pierre, céramique, chrome, verre ou textile. En cette année 2026, l’on constate une montée des teintes plus chaudes, des nuances organiques et des associations plus personnelles, loin du blanc uniforme ou du beige systématique.Une couleur moins décorative, plus architecturaleLa couleur agit d’abord comme un outil de lecture. Dans un appartement, elle peut distinguer une cuisine du séjour sans cloisonner complètement. Dans une maison de vacances, elle peut donner à chaque chambre son propre rythme. Dans un showroom, elle peut guider le regard d’un salon à l’autre. Elle ne se limite plus au mur peint : elle circule dans les menuiseries, les cloisons vitrées, les tissus, les tapis, les assises, les luminaires ou encore les panneaux décoratifs. À Rome, STUDIOTAMAT utilise par exemple une teinte burgundy non comme simple accent, mais comme élément structurant autour de la cuisine de Casa Continua. Sur la Côte d’Opale, Mon Concept Habitation et Amélie et Alexis Haezebrouck travaillent davantage par touches, à travers le mobilier, les textiles et les chambres, pour donner une personnalité à chaque espace de The Opale Retreat. Dans un autre registre, Pierre Gonalons fait de la soie Prelle un véritable support de lumière et de couleur, où le décor mural retrouve une dimension enveloppante. La couleur devient alors une manière d’organiser l’expérience intérieure. Elle signale un usage, marque un seuil, donne une profondeur à une pièce ou crée une mémoire visuelle. Un canapé vert, une cloison burgundy, un tapis graphique ou une tête de lit ocre peuvent suffire à installer une identité, à condition d’être pensés dans une composition globale.Des palettes plus incarnéesCette évolution accompagne aussi une fatigue du décor trop neutre : les intérieurs cherchent moins l’effacement que la présence. Les couleurs vibrantes ne sont pas forcément criardes ; elles peuvent être profondes, feutrées, patinées, légèrement passées. Un vert olive, un brun chocolat, un bleu pétrole ou un rose poudré peuvent donner autant de caractère qu’un jaune éclatant ou un rouge assumé… car, la nuance compte autant que l’intensité. Certaines figures de l’architecture intérieure ont d’ailleurs largement contribué à libérer cet usage de la couleur. India Mahdavi, dont l’agence se présente elle-même comme celle d’une créatrice amoureuse de la couleur, a construit un vocabulaire reconnaissable, mêlant confort, élégance contemporaine et touches d’humour. À Milan, DIMORESTUDIO développe de son côté des univers très composés, où mobilier, luminaires, textiles, références vintage et palettes sourdes participent à des atmosphères plus théâtrales. Chez Fleur Delesalle, la couleur s’inscrit autrement : dans une fantaisie plus douce, nourrie de références classiques, de mobilier expressif et de pièces aux proportions accentuées. Elle n’est pas utilisée pour rompre avec l’élégance, mais pour lui donner plus de relief. C’est sans doute l’un des enjeux actuels : oser la couleur sans tomber dans l’effet décoratif immédiat.Du sol à l’objet, une identité par couchesLa couleur fonctionne d’autant mieux qu’elle se construit par strates. Un sol en terrazzo, un parquet foncé, une pierre veinée ou une céramique colorée posent une première base. Les murs, les plafonds ou les menuiseries peuvent ensuite renforcer cette direction. Le mobilier et les objets viennent nuancer l’ensemble : une assise en velours, une lampe chromée, un coussin, une table laquée ou un rideau suffisent parfois à déplacer l’atmosphère d’une pièce. Cette approche explique pourquoi la couleur traverse aujourd’hui tous les registres de l’intérieur, du résidentiel à l’hôtellerie, de la maison de vacances au showroom. Elle répond à une attente d’espaces plus personnels, moins standardisés, où l’identité ne repose pas seulement sur un style, mais sur une sensation. Vanessa Bernard Visuels © : Ricardo Labougle, Suzanne Gillet, Alexandre Tabaste, Serena Eller / Ellerstudio Précédent Suivant