À l’occasion du Salone del Mobile 2026, Antoine Billore imagine pour L’Artisan Parfumeur une installation immersive présentée du 20 au 26 avril dans un appartement milanais situé Via Giovanni Lulli. Ce lieu, pensé comme un intérieur personnel, célèbre les cinquante ans de liberté créative de la maison et accueille la première collection de mobilier hybride conçue par le jeune antiquaire, connu pour son goût des objets populaires et artisanaux, souvent en bois, et pour une pratique fondée sur l’assemblage et les rapprochements inattendus.

L’appartement réunit les motifs récurrents de son travail : pièces anonymes, éléments récupérés, fragments décoratifs détournés et compositions en série. Sur son compte Instagram (légendé avec humour « Stolen objects for my exes ») Antoine Billore met en scène sculptures de caravelles en alpacca, peintures naïves et panneaux décoratifs en marqueterie de bois, tous utilisés ici comme matière première. L’exposition transpose ces obsessions au sein d’un espace habité où les objets, les souvenirs et les volumes prennent la forme de meubles hybrides : chaises en bois massif au dessin volontairement rudimentaire intégrant panneaux de marqueterie ou bas-reliefs en étain dans leurs dossiers, surélévations ou assises ; paravents dont les feuilles enchâssent des tableaux de petits formats ; stèles fusionnées avec des vases selon un principe de « deux-en-un ».

Antoine Billore revendique une démarche sentimentale plutôt que nostalgique, fondée sur l’idée d’inventer une fonction nouvelle à partir d’objets désuets, oubliés ou délaissés. Son expérience passée de set-designer dans la mode nourrit cette manière de composer par fragments, en jouant du contraste, de la répétition et du décalage. L’appartement milanais, en rez-de-jardin, devient l’espace d’expression de cette grammaire personnelle : panneaux décoratifs en marqueterie métamorphosés en façades de cuisine, tableaux formant un accrochage dense dans la salle de bain, tapis persan brodé de l’ombre des meubles qu’il supporte. L’ensemble crée une atmosphère familière, presque autobiographique, « un lieu qui pourrait être le sien », où l’accumulation et le détournement composent une esthétique singulière.

L’univers olfactif de L’Artisan Parfumeur s’intègre à cette scénographie. La célèbre Boule d’Ambre, ainsi que des senteurs pour la maison, gels lavants, lotions hydratantes et bougies, occupent l’espace et dialoguent avec le mobilier. Pour la maison fondée en 1976 par Jean Laporte, cette installation s’inscrit dans une année anniversaire ponctuée par plusieurs événements : une exposition à Shanghai dévoilant l’arrière-boutique du créateur-botaniste et ses carnets ; en juin, à Paris, une présentation des concordances entre senteurs et visuels incluant la réédition du flacon Mûre et Musc des années 1990 ; à Dubaï, une version précieuse de la Boule d’Ambre tissée d’or.

 

Visuels © : Florencia Irena



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