À Montceaux-lès-Meaux, une vaste propriété familiale du XIXᵉ siècle retrouve une cohérence longtemps masquée par les strates successives de transformations. Sous l’œil de Sarah Bitter, cofondatrice de l’agence Metek, la maison, recouverte de lierre, enrichie d’ajouts disparates (colonnes, loggia inspirée d’un palazzo, faux éléments de façade) redevient un ensemble lisible. Lors de la première visite, l’architecture composite brouillait toute compréhension du lieu. Pour avancer, il fallait d’abord faire apparaître ce qui était là, sous les couches, visibles ou non.

La démarche commence par la lumière : ouvrir des vues, rétablir une fenêtre oubliée derrière une fausse baie, créer une perspective entre la cuisine, la loggia et le jardin. Les interventions structurelles se font discrètes. Les moulures anciennes imposent une mise aux normes électrique sans effets, avec un travail d’insertion minutieux. En parallèle, un inventaire méthodique des étages s’impose. Chambres encombrées, meubles dépareillés, objets figés depuis des générations composent un ensemble hétérogène, mais riche. Pour Sarah Bitter, ces pièces abandonnées (lourdes, indémontables, invendables) constituent un véritable réservoir. Une matière première déjà imprégnée de l’histoire domestique. Rénover, ici, signifie comprendre et réactiver ce potentiel.

L’agence adopte une approche globale, proche de celle d’une ensemblière : structure, enveloppe, finitions et ameublement sont pensés dans une même continuité. L’intérieur et l’extérieur, le squelette et la peau, fonctionnent comme un tout. Dès le démarrage, le réemploi s’impose comme l’un des moteurs du projet. Il ne s’agit ni d’ornementer, ni de sauver pour mémoire, mais de transformer. Déposer un à un des carreaux de faïence bleu de Sèvres des années 1950 pour recomposer un décor de cuisine ; déplacer un vitrail ; convaincre un menuisier de démonter une armoire pour en récupérer uniquement les portes et les encastrer dans un mur destiné à devenir un placard ; fusionner deux tables (une ronde en pin, une rectangulaire en chêne) pour en créer une troisième, hybride, pensée pour les besoins de la maison.

Ce travail patient mêle délicatesse artisanale et pragmatisme architectural. Des portes changent d’usage, deviennent bancs ; des plateaux marquetés se fixent sur des structures métalliques mobiles ; des éléments isolés forment des modules capables de s’assembler pour des repas plus larges. Les associations de textures  (mat, brillant, clair, sombre) composent une grammaire nouvelle, née de juxtapositions inattendues. Même les découvertes fortuites, comme le cuir de Cordoue mis au jour sous une tapisserie du salon, sont intégrées : peint en noir mat, il révèle en creux ses motifs floraux estampés, offrant une présence silencieuse mais forte.

Loin de l’esthétique du recyclage démonstratif, le projet procède par greffes, sutures, déplacements, superpositions. Une approche palimpseste où chaque intervention dialogue avec les couches précédentes. En réassemblant mobilier, fragments et matériaux, Metek parvient à rouvrir l’histoire d’une maison, à la rendre à nouveau mobile et pensée. Cette marqueterie (au sens montaignien d’un « ensemble fait de parties disparates ») devient une méthode : réviser l’existant, révéler les continuités, et redonner à un patrimoine intime sa capacité d’évolution.

 

Visuels © : Manuel Braun



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