Yellow Apartment par Ico Parisi : une architecture qui accueille la mémoire de deux artistes À St. Moritz, l’appartement imaginé par Ico Parisi et Luisa Parisi au début des années 1970 devient le décor d’un projet qui interroge la mémoire des lieux et la manière dont l’architecture prolonge l’histoire intime de ceux qui l’habitent. Présenté dans le cadre du programme spécial de Nomad Circle 2026, Yellow Apartment. Rachele Bianchi, Riccardo Schweizer, Ico Parisi. Art, Design and Architecture in Conversation ouvre exceptionnellement ses portes et transforme un intérieur resté intact depuis plus d’un demi-siècle en capsule narrative.Le lieu, conservé dans son état d’origine par ses propriétaires Carla et Riccardo Tettamanti, témoigne d’une conception de l’habitat comme œuvre totale : volumes, lumière et chromies y composent un environnement cohérent, où chaque élément participe d’un même langage spatial. Documenté dans Casa Vogue en 1973, cet appartement constitue aujourd’hui un fragment rare de l’expérimentation italienne des années 1970 sur le vivre-ensemble, la domesticité et la continuité entre architecture et design.C’est dans cet espace chargé de traces et de gestes que s’inscrit la sélection d’œuvres de Rachele Bianchi et de Riccardo Schweizer, réunies à l’occasion du centenaire de leur naissance. Sous le commissariat de Barbara Schweizer et Elena Maria Sacchi, avec la direction artistique de Katia Jorfida, le projet met en regard deux trajectoires du XXᵉ siècle italien qui partagent une attention soutenue à la figure féminine, au rôle de la matière et à la relation entre corps et espace.Chez Bianchi, sculptures, peintures et bas-reliefs restituent une recherche continue sur la forme comme lieu d’intériorité. Le Cycle of the Woods (1984) en constitue un jalon essentiel : les ramifications en floraison y deviennent métaphore de transformation et de permanence. La présence de ces œuvres acquiert ici une dimension supplémentaire, l’appartement ayant été la maison de la sœur de l’artiste. Le lieu, familier et vécu, opère ainsi comme un prolongement naturel de son exploration du rapport entre figure, mémoire et ancrage domestique.Les pièces de Schweizer déploient une autre manière d’habiter l’espace. Formes, couleurs et matières y entretiennent un dialogue continu avec l’architecture, reflétant un parcours nourri par ses échanges avec Picasso, Chagall, Carlo Scarpa ou Le Corbusier. Peintures et sculptures interrogent la porosité entre geste artistique et conception du cadre bâti, prolongeant dans l’appartement de Parisi une réflexion sur l’intégration du langage plastique dans le quotidien.Deux pièces de la série PostForma Ico de Martino Gamper (une chaise et une table de chevet, présentées avec Nilufar) complètent cette mise en relation. Issues d’une relecture de meubles originaux de Parisi conçue pour le dixième anniversaire du Nilufar Depot, elles introduisent des détails artisanaux qui relient passé et présent sans altérer les formes initiales. Insérées dans leur contexte architectural d’origine, elles réactivent un dialogue entre héritage et création contemporaine. Visuels © : Ivan Erofeev Précédent Suivant