Ni simple outil technique, ni pur effet d’ambiance, la lumière, au fil des années, est devenue l’un des langages fondamentaux du design contemporain. Dans les hôtels, les lieux privés ou les espaces publics, les concepteurs s’en emparent comme d’une matière vivante, capable d’émouvoir, de sculpter, de raconter.

Le tournant s’est amorcé avec la généralisation des technologies LED et la sophistication des systèmes de variation. Libérés des contraintes techniques qui limitaient jadis leur imagination, les architectes d’intérieur conçoivent aujourd’hui la lumière comme une architecture parallèle. Chaque projet s’accompagne ainsi d’une réflexion sur la température, l’intensité, la direction et la diffusion. La lumière fait désormais plus qu’éclairer, elle met en tension les surfaces, révèle la texture des matériaux, redessine les volumes. Elle construit le rythme du lieu, en accompagne les usages et les humeurs. Oui, l’éclairage peut influencer nos émotions, notre perception et par conséquent notre relation à l’intérieur et l’extérieur ; si une lumière trop forte ou mal dirigée peut fatiguer, une lumière musicale ou subtile peut, au contraire, apaiser ou stimuler.

La lumière n’éclaire plus « juste », elle donne sens à un lieu

Cette approche sensible s’inscrit dans un contexte où les espaces domestiques deviennent des refuges émotionnels. La lumière, plus que jamais, participe à cette quête de confort et de bien-être. Dans l’appartement repensé par Katz Studio, par exemple, les voilages de lin tamisent la clarté pour créer une atmosphère feutrée, propice à l’écoute et à la contemplation. Chez Studio Marco Piva, la lumière agit comme un matériau d’architecture à part entière : elle articule le dialogue entre éléments anciens et interventions modernes, unifie les espaces et guide la perception. À l’Hôtel Santavenere, l’éclairage épouse la nature environnante : il caresse les feuillages, souligne les rochers, accompagne le pas du promeneur sans jamais s’imposer.

Cette nouvelle culture lumineuse doit beaucoup à l’expertise d’industriels qui ont fait de la maîtrise de la lumière un art. Parmi eux, Baccaris incarne ce passage de la technique à la poésie. Plus qu’un simple éclat, la lumière devient une matière vivante, un langage poétique qui dialogue avec le décor. Chaque pièce est ainsi pensée comme un objet unique, un dispositif sur mesure conçu pour révéler la singularité d’un lieu. L’éditeur a ainsi habillé des adresses iconiques comme le célèbre Lido à Paris avec des appliques créées en collaboration avec le couturier et décorateur d’intérieur Alexis Mabille. 

La lumière : une matière vivante "by designers"

Une approche qui rejoint celle d’autres marques qui s’associent aussi régulièrement avec des designers de renom comme Artemide et sa suspension Alambicco by Neil Poulton ou encore Foscarini qui pour Euroluce 2025 nous a présenté quatre nouveaux lustres imaginés par trois “signatures” dont Francesca Lanzavecchia pour Allumette. D’autres encore rééditent des pièces emblématiques à l’instar de Flos avec le lampadaire Seki-Han (design Tobia Scarpa - 1963) ou de DCW Éditions Paris qui en avril dernier annonçait la relance du  lampadaire Mezzaluna, conçu par le célèbre Bruno Gecchelin en 1975… Et les maisons qui ont fait de la lumière un art à part entière ne manquent pas : Louis Poulsen, Davide Groppi, Occhio, Brokis, Santa & Cole, Vibia, Catellani & Smith, engagée d’ailleurs dans la restauration du Teatro Donizetti à Bergame et récemment nommée ambassadrice du lieu pour la saison 2025-2026. Et tant d’autres encore… 

De la suspension d’inspiration organique, à l’applique graphique en passant par le plafonnier quasi invisible, chaque pièce porte désormais une intention esthétique : le luminaire devient le prolongement du geste architectural, il traduit une vision, une atmosphère, une griffe.

La lumière s’émancipe ainsi de la seule notion d’éclairage. Elle s’invite dans le vocabulaire du design au même titre que la couleur, la texture ou la forme. Elle n’habille plus les espaces, elle les structure. Elle n’éclaire plus les objets, elle les met en scène. Par sa capacité à faire vibrer la matière et à révéler l’invisible, elle définit aujourd’hui un nouveau territoire pour les concepteurs d’espace : celui où l’émotion naît moins de ce que l’on voit que de la manière dont la lumière le fait exister.

 

Visuels © : Baccaris-By FRANCISAMIAND, Artemide, Robert Rieger, Massimo Gardone, DCWeditions, Davide Groppi, Sonia Solis (Vibia), Nava Rapacchietta (Catellani & Smith)



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