Avec Balhyo, Coutansais Castillo distille la mémoire coréenne dans l’espace Pour leur première réalisation, le duo Coutansais Castillo compose un espace qui ne fait pas qu’abriter une épicerie. Avec Balhyo, Clara Rebillard Castillo et Victor Poirier Coutansais esquissent une atmosphère sensorielle où l’architecture d’intérieur devient support d’un récit intime : celui d’un savoir-faire ancestral coréen réinterprété à travers le prisme d’une sensibilité contemporaine.Implantée rue Sainte-Anne à Paris, la boutique puise sa substance dans la pratique de la fermentation, centrale dans la culture culinaire coréenne et au cœur de l’histoire familiale de la fondatrice. Le studio en capte l’essence : le rapport au temps, la lenteur maîtrisée des processus, la transformation invisible de la matière. Tout dans l’espace vient traduire cette relation au vivant et au geste patient.La palette chromatique, sourde et nuancée, est appliquée d’un seul geste aux murs et plafonds. Ces teintes rappellent les jarres en grès utilisées pour la fermentation, mais aussi les matières organiques en mutation. L’aspect brillant de ces surfaces crée une ambiance miroitante, presque liquide, qui trouble les repères visuels et enveloppe l’usager.Un bandeau de bois patiné court tout autour de la boutique, comme un fil narratif. Il redessine les volumes tout en dissimulant les fonctions techniques. Son aspect vieilli évoque la trace du temps qui passe, en écho au travail de fermentation. Cet élément structurel fait le lien entre les différentes strates du projet, tout en renforçant la sensation d’intimité.Au sol, le contraste est plus affirmé. Des gestes noirs, volontairement irréguliers, viennent ponctuer une base jaune pâle. On pense à la calligraphie coréenne, à ces traits spontanés où chaque mouvement est porteur de sens. Ici, ils deviennent rythme au sol, ponctuation visuelle, dans un jeu subtil de déséquilibre maîtrisé.Les matériaux, les textures, les lumières racontent une histoire discrète, fluide, où chaque objet semble avoir trouvé sa juste place. On est loin de la scénographie démonstrative : Balhyo propose un lieu habité, où la fonction se fond dans l’émotion.Coutansais Castillo imprime dès ce premier projet une écriture affirmée, faite de correspondances et d’interprétations sensibles. Une manière d’habiter l’espace qui convoque l’histoire sans la figer, et qui laisse entrevoir toute la richesse de leurs projets à venir — entre résidences, hôtels particuliers et mobilier.Visuels © : Harry Crowder Précédent Suivant