À Barcelone, ARRCC explore les volumes et la lumière d’un appartement ancien À Barcelone, dans l’un de ces appartements anciens typiques des grandes villes européennes, le studio sud-africain ARRCC poursuit un travail d’équilibriste : transformer un lieu chargé d’histoire en un espace de vie ancré dans les usages contemporains, sans trahir sa structure ni son âme. Mené par Michele Rhoda, directrice et designer au sein du studio, ce projet s’inscrit dans une dynamique plus large : celle de la réinvention silencieuse des appartements haussmanniens ou néoclassiques à Paris, Milan ou Barcelone, devenus résidences secondaires, refuges urbains ou bases flexibles pour voyageurs internationaux.Le charme de ces intérieurs tient à leur dualité : l’intimité d’un espace habité combinée à la stature d’une architecture grandiose. Moulures anciennes, parquets patinés, plafonds hauts et fenêtres profondes composent une toile vivante, que les designers choisissent de préserver plutôt que de lisser. Les contraintes — murs porteurs épais, circulations héritées d’un autre temps — deviennent autant de points d’appui pour repenser les volumes avec finesse.La lumière y joue un rôle structurant. Dans ce projet barcelonais, ARRCC a travaillé à prolonger les lignes de fuite, à ouvrir les vues sans altérer la distribution initiale. Les meubles sont éloignés des ouvertures, les perspectives guidées par des éléments sur mesure : éclairages discrets, bibliothèques au fond des pièces, menuiseries intégrées qui redonnent de la profondeur aux espaces. Cette approche permet d’agrandir visuellement les pièces, même dans les configurations les plus étroites.Les plafonds sont volontairement épurés pour mettre en valeur le sol, devenu élément central de composition. Marbres, tapis texturés ou motifs incrustés rythment les espaces et ancrent les fonctions. L’idée n’est pas d’en faire trop, mais de permettre à la matière d’exister, dans un jeu subtil entre sobriété et expression. Les ouvertures d’origine ne sont jamais contrariées : elles guident l’aménagement et préservent la cadence lumineuse du bâti.Ce raffinement structurel s’accompagne d’un retour marqué au travail artisanal. Selon Michele Rhoda, un nouveau rapport à l’objet émerge, nourri par la quête de sens face à la production industrielle. Cette sensibilité se traduit par des pièces choisies pour leur matérialité, leur singularité ou leur capacité à révéler la main de l’artisan. On y retrouve une affinité avec le design tel qu’il est pratiqué en Afrique du Sud, où ARRCC est basé : enraciné, tactile, lié à la matière.Le processus de transformation ne commence pas sur les plans, mais dans le dialogue. Les designers d’ARRCC accordent une place centrale à l’écoute du client : questionnaires détaillés, entretiens individuels, exploration des modes de vie, des rythmes et des besoins profonds. Cette approche intime permet d’orchestrer les circulations, de calibrer les zones de repos, d’ouvrir des respirations là où l’espace le permet.Même les extérieurs réduits — balcon filant, cour intérieure ou toit-terrasse — sont traités avec attention. Ils prolongent l’appartement, offrent des échappées visuelles et deviennent des refuges silencieux au sein du tissu dense de la ville. Visuels © : Lorenzo Vecchia Précédent Suivant