En bord de quai, au cœur du port de Cassis, l’Hôtel Liautaud rouvre ses portes après une réhabilitation menée par Architecture 54. Thierry Lombardi et Pascale Bartoli y signent un projet sobre et contextuel, où la matière dialogue avec le paysage, et l’héritage du lieu avec une lecture sensible de l’espace.

Construit à la fin du XIXe siècle, l’hôtel a connu les heures fastes d’un Cassis fréquenté par Marcel Pagnol, Fernandel ou Brigitte Bardot. Mais loin d’en faire un musée figé, les architectes ont préféré réinscrire l’hôtel dans son environnement méditerranéen, en misant sur une architecture de l’attention : celle qui laisse la lumière dessiner les volumes, qui valorise la texture d’un enduit à la chaux, qui choisit une matière pour ce qu’elle raconte.

La pierre calcaire locale est omniprésente, à la fois dans les enduits des façades et dans les détails intérieurs, comme les vasques sculptées ou les encadrements de fenêtres. Les circulations ne sont pas de simples couloirs, mais de véritables parcours visuels et sensoriels, travaillés dans la continuité des matières et de la lumière. Le mobilier, signé Cassina, Tacchini ou Muuto, s’intègre sans ostentation, dans une palette sobre où dominent les bois clairs, le lin, les minéraux.

Chaque chambre s’ouvre sur le paysage : soit par une vue directe sur le port, soit par un balcon suspendu entre ciel et mer. Le projet joue sur une idée simple — celle de ralentir. L’architecture ne cherche ni à épater, ni à imposer. Elle accompagne un rythme. Celui d’un village, d’une lumière, d’un séjour.

Un soin particulier a été apporté à l’intégration d’œuvres d’art, en collaboration avec la curatrice Marie Veidig. Les pièces ont été choisies pour leur lien discret avec le site, qu’il soit géographique, poétique ou historique. Elles ne surplombent pas l’espace, elles l’habitent, à l’image des sculptures de pierre qui ponctuent le parcours ou des œuvres photographiques qui prolongent la vue sur le Cap Canaille.

Le café Liautaud, situé en rez-de-chaussée, prolonge l’expérience. Son mobilier simple et ses grandes baies vitrées en font un espace ouvert sur le port, sans hiérarchie entre habitants, voyageurs ou curieux. À l’étage, le salon du petit-déjeuner offre l’une des plus belles vues de Cassis : le matin, la lumière s’y glisse doucement, révélant les lignes nettes du mobilier et la texture des enduits.

Le toit, transformé en belvédère, complète l’intervention. Le regard embrasse la baie, les voiles, les collines. Là encore, rien de spectaculaire. Juste un lieu qui cadre l’horizon, et laisse au visiteur le soin de l’interpréter.

 

Visuels © : Nicolas Anetson



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