À Paris, le restaurant Matsuri de la rue du Bac dévoile un nouveau décor signé Jessica Mille. L’architecte y déploie une vision audacieuse, qui s’éloigne des clichés du Japon traditionnel pour explorer un imaginaire pop et futuriste inspiré du quartier de Harajuku à Tokyo. Le résultat : un lieu immersif, pensé comme un wagon du Shinkansen, dans lequel la lumière, les courbes et les matériaux construisent une atmosphère à la fois urbaine, ludique et précise.

Le local, un long couloir typiquement parisien, a guidé l’approche. Mille a modélisé un volume aux formes souples, composé de modules préfabriqués puis laqués en cabine pour obtenir une surface brillante, avant d’être assemblés in situ. L’espace épouse la morphologie du train japonais, avec ses hublots évoqués par des miroirs rétroéclairés et ses lignes continues accentuées par un jeu de LED.

Le kaiten, tapis roulant emblématique du concept Matsuri, est conservé mais partiellement reconfiguré. Il devient un véritable fil conducteur, tant spatial que narratif. À l’avant, un comptoir vitré baptisé Matsu Café accueille les passants autour de cafés et de matcha, créant une vitrine vivante sur la rue.

L’univers visuel, construit autour d’une palette douce — jaune crème, rose pâle, bleu layette — contraste avec l’inox brillant du kaiten et des assises. Les surfaces réfléchissantes jouent avec la lumière et les reflets, renforçant l’impression de vitesse et de fluidité. Suspendus au-dessus du tapis roulant, des miroirs reflètent les plats en mouvement, transformant le rituel du repas en spectacle chorégraphié. Aux murs, des affiches rétro japonaises viennent ponctuer l’espace avec humour et rythme.

Jessica Mille, formée à l’architecture hospitalière, a longtemps travaillé sur des établissements spécialisés pour personnes autistes. Une expérience qui a affiné sa sensibilité à la lumière, aux textures et aux volumes. Depuis 2021, elle développe sa propre agence, avec un goût marqué pour le travail artisanal et une approche narrative des lieux. On lui doit notamment le Café de Luce pour la cheffe Amandine Chaignot, ou encore les rénovations des maisons Liberté, qui lui ont valu un prix en design retail de la CCI.

Chez Mille, chaque projet se veut une expérience : “La finalité d’un projet, c’est l’harmonie”, dit-elle. À Matsuri, cette harmonie passe par le croisement entre culture japonaise contemporaine, design immersif et soin du détail. Une signature que l’on retrouvera bientôt à Annecy, dans l’Hôtel Central, où elle réinterprète les colonnes en tulipes géantes et les murs en fresques végétales.

 

Visuels © : Ludovic Balay

 

 



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