Longtemps relégué aux marges des pratiques artistiques, l’art textile connaît aujourd’hui un regain d’intérêt. En début d’année, l’artiste américaine Sheila Hicks affirmait que « l’art textile va gagner ». Cette dynamique se confirme dans les salons et expositions où les pratiques liées au fil, au tissage ou au crochet trouvent une nouvelle visibilité. Repérée notamment au salon Maison & Objet et à Expo4Art à Paris, l’artiste française Annie Cicatelli développe une œuvre singulière fondée sur la transformation de matériaux récupérés en sculptures textiles destinées à l’espace domestique.

Journaliste de formation et autrice de carnets de voyage, Annie Cicatelli a longtemps travaillé autour de la broderie, en créant des dessins et en participant à plusieurs expositions et salons, tout en publiant des ouvrages. Son parcours artistique la conduit ensuite à revenir au crochet, une technique qu’elle découvre adolescente au Brésil, pays où elle vit plus de vingt-cinq ans. Dans ce contexte culturel où le crochet occupe une place importante dans les objets du quotidien et dans la création contemporaine, l’artiste développe un rapport direct à cette pratique artisanale.

Son travail repose sur une démarche de réemploi systématique. La matière première (laine, coton, dentelles, fils spéciaux, perles) provient exclusivement de vide-greniers, de puces de couturières, d’associations ou de dons. Aucun matériau neuf n’entre dans le processus de création. « J’utilise toujours un fil, un matériau que personne ne veut, en essayant de le transformer en un objet intéressant, soit par le choix des couleurs, soit par le choix des formes », explique l’artiste.

Les fils récupérés deviennent le point de départ de compositions crochetées qui prennent la forme de sculptures colorées et texturées. Annie Cicatelli détourne également des supports issus d’objets abandonnés ou trouvés parmi les encombrants. Ventilateurs, plateaux, égouttoirs, morceaux de meubles ou présentoirs de magasins sont intégrés à ses pièces et réinterprétés comme structures de base pour ses installations textiles. Cette pratique d’upcycling transforme des objets délaissés en éléments décoratifs contemporains.

La palette chromatique, très présente dans ses œuvres, porte la trace de son long séjour au Brésil. Les formes évoquent régulièrement des paysages naturels, en particulier les fonds marins, la végétation ou les milieux forestiers. L’artiste relie ainsi sa pratique textile à une réflexion sur la fragilité des écosystèmes. « Au Brésil, je vivais sur une île, dans une région qui œuvre pour la préservation de l’environnement et des tortues marines », précise-t-elle.

Cette démarche a été distinguée en 2022 lors du concours The World of Down Under au salon Pour l’amour du fil à Nantes, où Annie Cicatelli a obtenu le premier prix. Elle a également reçu le label « Fabriqué à Paris » en 2023 et 2024. Ses œuvres ont été présentées dans plusieurs événements et lieux d’exposition, parmi lesquels Art Shopping au Carrousel du Louvre (2023), Expo4Art (2022, 2023, 2024), la Galerie Barlier (2023), les Salons des métiers d’art de Nancy (2023), le Salon d’automne de La Villette (2024), l’Espace Art Gallery à Bruxelles (2024) ou encore la galerie Étienne de Causans à Paris en 2024.

 

Visuels © : Annie Cicatelli



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