Depuis quelques années, designers et studios interrogent plus ouvertement la logique de production rapide qui domine encore l’industrie du mobilier. Face aux enjeux environnementaux et à la saturation matérielle, certains projets explorent d’autres rythmes de conception, en s’intéressant davantage aux ressources disponibles, aux usages et à la durée de vie des objets. C’est dans cette perspective que l’American Hardwood Export Council (AHEC) avait lancé au début des années 2020 l’initiative Slow Design for Fast Change, invitant neuf jeunes designers à travailler à partir de trois essences de feuillus américains : chêne rouge, érable et cerisier.

Les propositions réunies dans ce projet esquissaient différentes manières d’aborder un design plus attentif à la matière et au temps. Certaines s’intéressaient directement aux ressources et à leur valorisation. Simon Gehring avait ainsi imaginé Leftover Synthesis, une chaise composée de fragments de bois issus de chutes de production assemblés grâce à un système algorithmique, transformant un déchet industriel en objet unique.

D’autres projets exploraient la flexibilité des usages domestiques. Le tabouret-boîte Combo de Theo Luvisotto ou les étagères modulaires Endless Garden du studio Haus Otto proposaient des objets capables d’évoluer avec les espaces et les besoins, limitant ainsi la multiplication du mobilier.

Plusieurs designers ont également travaillé la dimension sensible et temporelle de l’objet. La Rocking Chair de Clémence Buytaert invitait à ralentir le rythme des gestes quotidiens, tandis que RE;collection, conçu par Hansil Heo, traduisait l’idée d’un meuble qui accompagne les souvenirs et les étapes d’une vie.

Enfin, certaines pièces faisaient écho aux formes et aux cycles du monde naturel : les tables et tabourets Kies de Maximilian Beck évoquaient des galets façonnés par l’eau et le temps, tandis que les tabourets Propellers de Maximilian Rohregger reprenaient la trajectoire spirale des graines d’érable. Avec Forest, Sarah Hossli et Lorenz Noelle traduisaient quant à eux des données sur les forêts de feuillus américaines en une série de bols matérialisant les volumes des différentes essences.

Sans proposer de solution unique, ces objets montraient déjà comment le design pouvait déplacer son attention : moins vers la nouveauté permanente que vers la compréhension des ressources, des processus et des usages — une réflexion qui irrigue aujourd’hui les débats autour d’un design plus conscient.

 

Visuels © : Simon Gehring, Clémence Buytaert, Theo Luvisotto, Maximilian Beck, Anna Koppmann, Hansil Heo, Haus Otto, Maximilian Rohregger, Sarah Hossli et Lorenz Noelle



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