Dans le Haut-Marais, rue de Saintonge, le Boudoir des Muses occupe un bâtiment classé aux vies successives : couvent, maison close, théâtre. Transformé en hôtel après près de dix ans de rénovation, le lieu a été repensé par Maison Malapert en s’appuyant sur cette stratification historique. Au cœur du projet, les sols et les surfaces jouent un rôle déterminant dans la construction d’un récit où se confrontent sacré et sensualité. Michael Malapert a choisi de travailler à partir des contrastes inhérents au lieu.

L’identité du futur hôtel s’est construite autour d’un univers féminin, incarné par des muses photographiées par Emmanuelle Bousquet, qui accueillent les visiteurs. Cette narration s’inscrit autant dans les volumes que dans le traitement des matières. L’atrium central, spectaculaire, structure l’ensemble : les chambres s’ouvrent en coursives autour de cet espace vertical, coiffé d’une verrière en forme de diamant. La lumière naturelle y varie au fil des heures, révélant différemment les textures et les teintes.

Le rez-de-chaussée concentre les espaces communs conçus comme un décor évolutif pouvant accueillir des événements. Ici, la matérialité est dense. Velours, alcantara, bois précieux comme la loupe utilisée pour le bar, marbre et laiton composent une palette enveloppante. Le parquet noir en marqueterie constitue l’un des gestes forts du projet. Il renvoie aux hôtels particuliers parisiens tout en installant une atmosphère plus mystérieuse. Sa teinte sombre absorbe la lumière et accentue la profondeur des perspectives, participant à l’ambiance feutrée recherchée.

Le sol devient également support de symboles. À l’entrée, un serpent incrusté invite le visiteur à franchir un seuil chargé de sens. Plus loin, une table en forme de croix prolonge ce jeu de références. Ces éléments ne sont pas plaqués comme des motifs décoratifs ; ils s’intègrent à l’architecture et s’inscrivent dans la continuité des surfaces, suscitant curiosité et interprétation.

Le contraste avec les chambres est volontaire. Alors que les espaces communs multiplient les textures et les effets, les chambres adoptent une sobriété plus marquée. Cette retenue fait écho à l’histoire conventuelle du bâtiment et propose une expérience complémentaire. Les surfaces y sont plus calmes, les matières moins démonstratives. Après la densité visuelle du rez-de-chaussée, le client découvre un environnement presque monacal, pensé comme un refuge.

 

Visuels © : Nicolas Anetson



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