Du 26 septembre 2025 au 22 février 2026, le Musée d’art moderne de Céret consacre une exposition à Nicolas Daubanes. Intitulée La main en visière, elle réunit une dizaine d’œuvres emblématiques et inédites de l’artiste, entre dessins à la limaille de fer, travaux sur verre et photogrammes réalisés à la Villa Médicis.

Né en 1983, diplômé de la Haute École d’art de Perpignan, Nicolas Daubanes s’est imposé par une œuvre exigeante qui interroge les architectures de l’enfermement, les mécanismes de contrôle et les gestes de révolte. Lauréat du Grand Prix Occitanie en 2017 et du Prix Drawing Now en 2021, il a exposé en France et à l’étranger, et a été pensionnaire à la Villa Médicis en 2024-2025. Ses prochaines expositions personnelles au Panthéon et au musée de l’Armée prolongeront cette reconnaissance institutionnelle.

Dès ses premiers travaux, Daubanes s’intéresse aux mondes carcéraux. La Prison de Lyon ou Les spectateurs chez Piranèse témoignent de cette recherche où la limaille de fer, matériau associé aux barreaux sciés, devient support d’image et métaphore de l’évasion. Cette poudre magnétique, qu’il applique en descentes et montées successives, produit des surfaces vibrantes, oscillant entre densité et effacement. Dans la série des Tours de Babel, elle figure la chute et l’élévation, dialoguant avec les récits classiques de destruction et de recommencement. Avec Cypress Hill II, l’artiste convoque L’Île des Morts de Böcklin : les cyprès, traités à la limaille, se dissolvent en silhouettes incertaines, comme des spectres voués à disparaître.

Au début des années 2020, Daubanes déplace ses recherches vers le verre. Il y incruste des particules de fer incandescentes projetées à la meule, comme dans La Villa en feu ou À la faveur de la nuit. Le dessin naît alors de la brûlure, dans un geste à la fois destructeur et générateur. Cette technique met en tension la fragilité du support et la violence du procédé, prolongeant la réflexion de l’artiste sur l’enfermement et la résistance des matériaux.

Sa résidence à la Villa Médicis ouvre une autre piste : celle du photogramme. Ici, pas d’appareil photo, mais une surface sensible directement exposée aux étincelles. Dans La serlienne de loggia Balthus, d’après Diego Velázquez (2024-2025), les éclats de lumière fixent sur le papier baryté des formes fugaces, comme arrachées au temps. Cette pratique relie le feu et la lumière, l’instant et la trace, révélant une écriture photographique singulière.

À Céret, ces pièces récentes dialoguent avec un polyptyque monumental spécialement conçu pour l’exposition. Le parcours offre un ensemble représentatif des recherches menées depuis près de quinze ans : architectures disciplinaires, mythes de révolte, rapports entre destruction et création, entre permanence et disparition.

L’accueil de cette exposition s’inscrit dans l’histoire singulière du Musée d’art moderne de Céret, marqué dès sa fondation en 1950 par le passage des figures du cubisme et de l’art moderne, de Picasso à Soutine, puis ouvert aux artistes contemporains comme Tàpies ou Viallat.

 

Visuels © : Nicolas Daubanes, Daniele Molajoli, Nicolas Giganto



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