Avec Othoniel Cosmos ou Les Fantômes de l’Amour, l’artiste et sculpteur contemporain français, Jean-Michel Othoniel orchestre un parcours artistique d’une ampleur inédite dans la cité des papes. À l’occasion des 25 ans du label Capitale européenne de la culture et des 30 ans d’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO, la ville d’Avignon lui confie ses monuments. Dix lieux emblématiques deviennent les chapitres d’une œuvre totale, habitée par l’amour, le désir, et les éclats du verre.

240 pièces, dont 160 jamais vues en France, tissent une narration sculpturale, poétique et polyphonique. Le Palais des Papes, le Pont d’Avignon, le Musée Calvet ou encore le Couvent Sainte-Claire accueillent des œuvres pensées pour dialoguer avec les spécificités architecturales, spirituelles ou naturelles de chacun de ces sites. Miroirs, perles, briques, astrolabes, totems, fontaines… Othoniel convoque un langage plastique qu’il explore depuis plus de trente ans, mais à une échelle ici inédite.

Pensée comme une suite de sonnets, l’exposition se déploie comme une topographie du sentiment amoureux, entre flamboyance mystique et retenue mélancolique. La structure monumentale Cosmos s’élève dans la Grande Chapelle du Palais des Papes, pendant que Le Tombeau de l’Amour dialogue avec l’architecture gothique, et que des nœuds infinis occupent la Tour des Anges. Sur le Pont d’Avignon, La Croix des Bateliers s’impose comme un signal autant que comme une offrande, prolongement du geste architectural vers le ciel.

Ce projet trouve une résonance particulière à Avignon, ville des papes mais aussi de Pétrarque, poète du désir et du manque. Othoniel s’empare de cette mémoire amoureuse pour y inscrire ses propres obsessions : le lien entre l’invisible et le sacré, l’éclat et la fragilité, la forme et l’émotion. Il convoque Michel-Ange, Shakespeare ou Pasolini dans un récit en fragments, qui touche autant par ses matériaux que par son intensité littéraire.

Début août, l’installation dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes cristallisera cette dimension opératique. Une performance chorégraphiée par Carolyn Carlson réunira Hugo Marchand, Caroline Osmont et le contreténor Jakub Józef Orliński, dans une mise en espace du sentiment amoureux, physique et élévatoire à la fois.

L’exposition révèle aussi une facette plus architecturale du travail de l’artiste. Les œuvres s’ajustent aux lignes existantes, prolongent des perspectives, ou recomposent des seuils. À la Collection Lambert, au Musée Lapidaire ou au Musée du Petit Palais, les pièces modulent l’espace avec une précision de bâtisseur. Certaines installations, comme Wonderblock ou Lasso, semblent même repenser les volumes historiques en profondeur.

 

Visuels © : Jean-Michel Othoniel, Adagp, Paris, 2025, Olivier Tresson, François Deladerriere, ENoveJosserand



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