Jusqu’au 28 septembre, le MaMo (by Ora Ïto) accueille Sterling Ruby pour une exposition condensée autour de deux œuvres majeures : DOUBLE CANDLE (2018), sculpture monumentale en bronze, et WALL (2017), sa plus grande peinture de la série Spray Painting. Le centre d’art perché au sommet de la Cité Radieuse à Marseille devient, l’espace d’un été, une plateforme de résonance entre deux gestes radicaux : celui de Ruby et celui de Le Corbusier.

Réalisée en collaboration avec la galerie Gagosian et rendue possible grâce au généreux soutien de Zara Home, l’exposition est le fruit d’une préparation longue de dix ans. Ruby y confronte ses propres formes aux volumes du bâtiment moderniste de 1952, conçu comme une « ville verticale » et désormais classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ce contexte unique agit comme un catalyseur : architecture, art et symbolique se fondent en un dialogue formel et sensible.

Installée sur le toit-terrasse de la Cité Radieuse, DOUBLE CANDLE s’élève à plus de sept mètres. Cette sculpture à double fût évoque autant deux cierges, deux sentinelles, que deux tours. Elle puise dans la mémoire collective, convoquant l’image des tours jumelles de New York, tout en s’inscrivant dans un rituel domestique et universel. Si la forme finale est en bronze patiné vert-bleu, elle conserve l’empreinte du textile dont elle est issue — un matériau souple transformé en monument pérenne. Cette matérialité oxydée fait écho aux cheminées sculpturales de la Cité, prolongeant leur verticalité tout en en déplaçant le sens.

À l’intérieur, WALL (2017) déploie ses 7,30 mètres de long sur la paroi du centre d’art. Issue de la série SP, cette toile réalisée à l’aérosol évoque des paysages abstraits et des horizons fragmentés. Lignes, coulures et brumes colorées y composent un mur sensoriel. Ruby y suggère autant une clôture qu’un décor urbain, entre évocation de la ruine, de la pollution atmosphérique et d’une nature en mutation. L’artiste inscrit ainsi son travail dans une tradition du paysage réinventée, nourrie par la lumière du sud de la France, chère à Cézanne ou Signac, tout en la traversant d’une angoisse contemporaine — urbaine, climatique, sociale.

Les deux œuvres établissent un dialogue explicite avec la Cité Radieuse : la sculpture se glisse dans le vocabulaire brutaliste du béton, la peinture répond à la polychromie pensée par Le Corbusier comme outil d’émotion spatiale. Cette interaction ne se limite pas à une confrontation esthétique. Elle engage aussi une réflexion sur l’histoire des formes et des territoires. En résonance avec Marseille, ville stratifiée par les circulations et les récits migratoires, Ruby interroge les symboles, les mémoires et les tensions entre espace privé et espace collectif.

L’installation s’inscrit dans la programmation du MaMo, lieu fondé en 2013 par le designer Ora Ïto au sommet de l’ancien gymnase de la Cité Radieuse. Après avoir accueilli Daniel Buren, Jean-Pierre Raynaud ou Xavier Veilhan, le centre d’art poursuit sa mission d’expérimentation en plaçant la création contemporaine au cœur d’un monument vivant de l’architecture moderniste.

Sterling Ruby, artiste américain basé à Los Angeles, développe depuis plus de vingt ans une œuvre protéiforme mêlant sculpture, peinture, textile et céramique.

 

Visuels © : Sterling Ruby, F.L.C., Adagp, Paris, 2025, Thomas Lannes, Courtesy Gagosian



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