La Centrale présente la friche la galaxie, première grande exposition monographique dédiée à Michel Couturier (1957–2024) à Bruxelles. Pensée avec l’artiste de son vivant, elle réunit une sélection concentrée de ses œuvres réalisées ces dix dernières années : cinq vidéos, une quarantaine de dessins, une installation vidéo immersive, ainsi qu’une nouvelle série d’impressions numériques.

Photographe et vidéaste reconnu, Couturier s’est progressivement tourné vers le dessin — une pratique tardive mais déterminante, amorcée dès 2013 lors de sa première exposition au 105 Besme. Dessin et vidéo s’y répondent : lampadaires, panneaux de signalisation, structures de béton, éléments industriels — autant de fragments de paysage qui circulent d’un médium à l’autre. Ce vocabulaire récurrent, façonné à partir de repérages photographiques, fonde une œuvre à la fois cohérente et ouverte, où chaque fragment urbain devient motif, symbole ou balise.

L’exposition, conçue par les commissaires Colette Dubois et Tania Nasielski, met l’accent sur les paysages périurbains que Couturier arpentait caméra à l’épaule. À la fois document et fiction, ses vidéos captent la lumière sur un fleuve, une envolée d’oiseaux, la solitude d’une structure abandonnée. Elles révèlent la poésie de lieux que l’on ne regarde plus : abords d’autoroutes, zones commerciales, chantiers aux marges. L’humain y est souvent absent, remplacé par des signes : caméras de surveillance, grues, grillages. Pourtant, un scintillement affleure — ici une feuille d’or posée sur un objet trivial, là un reflet sur l’eau.

Le titre de l’exposition, la friche la galaxie, provient d’une vidéo réalisée par Couturier. Il associe deux dimensions de son œuvre : le fragment concret et délaissé — friche urbaine, béton brut — et l’horizon abstrait, presque cosmique, que l’artiste suggère à travers la verticalité de ses cadrages et la présence récurrente du ciel. Dans ses œuvres récentes, les oiseaux traversent la composition, soulignant un appel vers le haut, une perspective au-delà des structures.

L’espace d’exposition de la Centrale, avec sa grande hauteur sous plafond, permet de renforcer ces tensions formelles : éléments architecturaux verticaux versus vidéos étirées à l’horizontale, béton au sol versus flux lumineux au plafond. Le commissariat exploite ces contrastes pour articuler un accrochage où chaque œuvre entretient un rapport précis avec son environnement.

Au fil des années, Michel Couturier a exposé en Belgique, en France, en Italie ou encore en Argentine. Ses recherches récentes portaient sur les ports et les systèmes de contrôle des flux — humains ou marchands. Le béton et la mer y cohabitent, comme dans Un royaume sans frontière ou La Friche, la Galaxie. Autant de territoires qu’il explorait pour mieux interroger la manière dont l’espace conditionne notre manière d’habiter, de circuler, de voir.

L’exposition est accompagnée d’un livre édité par La Lettre volée, qui prolonge ce regard sur une œuvre en tension entre l’ordinaire et l’élévation, entre l’ici et l’ailleurs.

 

Visuels © : Michel Couturier



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