Benjamin Fleury à Barbès : faire du BEPOS un acte urbain, entre pierre et pierre liquide À Barbès, sur l’un des boulevards les plus bruyants et denses de Paris, Benjamin Fleury signe une opération de sept logements en R+7 qui revendique le label BEPOS. Implanté à la place d’un immeuble insalubre démoli après éviction d’un propriétaire défaillant, le projet porté par Elogie-Siemp transforme une situation de dégradation en démonstration énergétique et architecturale. Le contexte est particulièrement contraint. La parcelle s’insère entre un immeuble haussmannien du XIXe siècle, structuré par une forte horizontalité, et un bâtiment Art déco des années 1930, marqué par une verticalité affirmée. Tous deux partagent l’usage de la pierre de taille parisienne et une richesse ornementale qui témoigne du passé du quartier. Face à cette dualité, le projet cherche une position intermédiaire plutôt qu’un contraste frontal.La façade sur boulevard est réalisée en prémurs béton isolés, teintés dans la masse couleur sable et sablés en surface. Ce choix d’un béton apparent qualifié de « pierre liquide » établit un dialogue avec la matérialité minérale des immeubles voisins. La composition superpose une trame verticale (qui unifie pleins, menuiseries et volets) et des nez de plancher en béton soulignant l’horizontalité des niveaux tout en dissimulant les rails. Cette double lecture propose une transition entre les écritures haussmannienne et Art déco.L’ornementation contemporaine répond, elle aussi, au contexte : garde-corps à barreaudage vertical avec lisse haute en bois et volets métalliques en maille déployée bronze composent une façade filtrante, capable d’ajuster lumière et intimité. Dans un environnement saturé de commerces et de flux, l’architecture cherche ainsi un équilibre entre exposition et protection.Ici, l’ambition BEPOS structure l’ensemble du projet. Le plan-type adopte une organisation bioclimatique : pièces de vie orientées plein ouest sur le boulevard pour capter les apports solaires, pièces d’eau côté cour à l’est, escalier éclairé naturellement avec portes vitrées en second jour. Cette répartition limite les besoins énergétiques en exploitant les orientations.La performance repose d’abord sur l’enveloppe. Isolation extérieure en laine de verre de 20 cm côté rue comme côté cour, isolation intérieure complémentaire, rupteurs de ponts thermiques sur tous les nez de plancher et menuiseries bois triple vitrage composent une enveloppe à très haute performance. La ventilation double flux permet de récupérer la chaleur extraite et de supprimer les entrées d’air directes, l’air neuf étant capté en toiture, moins exposé à la pollution du boulevard. La production d’eau chaude sanitaire, identifiée comme le poste le plus énergivore, est préchauffée par trois panneaux solaires reliés à un ballon en rez-de-chaussée, connecté aux chaudières individuelles gaz. En toiture, un champ de panneaux photovoltaïques vient compenser les consommations liées à la ventilation, au chauffage, à l’eau chaude, à l’ascenseur et aux parties communes. Visuels © : Sergio Grazia Précédent Suivant