Lemoal architectes régénère l’Orangerie du Muséum national d’Histoire naturelle, Paris 5e Au cœur du campus Buffon, l’Orangerie du Muséum national d’Histoire naturelle retrouve sa clarté structurelle et sa vocation quotidienne après neuf mois de chantier. Conçue à l’origine par Emmanuel Pontremoli et réalisée par les frères Perret, cette halle des années 1930 compte parmi les premiers manifestes du béton armé en France : une charpente entièrement préfabriquée, des remplissages en brique posés en appareillage flamand et de grandes façades vitrées qui affirmaient un rationalisme sans artifice. L’intervention de Lemoal architectes, livrée en juin 2025 (1 600 m² SDP, 2,5 M€ HT, maîtrise d’ouvrage MNHN), s’inscrit dans une logique de régénération : restaurer, adapter, prolonger.La façade ouest, autrefois porte monumentale d’accès aux grands sujets végétaux, devient une façade rideau redessinée dans l’esprit d’origine. Un oculus central et un auvent intégrés ordonnent la composition, tandis qu’un parvis réaménagé met à distance les flux et installe des bancs en béton brut. Au sud, une trame vitrée élancée rétablit le rythme lumineux indispensable à la serre. À l’est, la porte monumentale est reconstruite pour permettre l’acheminement des végétaux de collection, assumant une échelle presque théâtrale. Au nord, le langage reste volontairement plus industriel : brique, volumes simples, toitures dont la silhouette évoque les sheds de 1900, et abords dégagés pour reconstituer une circulation périphérique continue.La charpente en béton préfabriqué, signature des Perret, a été restaurée avec des mortiers spécifiques et protégée par imprégnation ; les chéneaux en béton ont été repris et ré-étanchéifiés. Le remplacement de la verrière posait une contrainte majeure : le nouvel ensemble, plus performant thermiquement, est plus lourd que l’original. Afin d’éviter d’épaissir ou de renforcer la charpente au détriment de sa finesse, les chevrons en béton ont été remplacés par des chevrons en aluminium capables de recevoir la nouvelle verrière en verre sécurit, conservant ainsi la légèreté du dessin initial. Les menuiseries extérieures, jadis en bois et acier à simple vitrage, cèdent la place à des châssis en aluminium et acier laqué blanc, améliorant le confort thermique tout en respectant la trame.À l’intérieur, la mise à nu de la structure poteau-poutre restitue le plan libre de la halle. Les espaces accueillent désormais un lieu de restauration en libre-service, une cafétéria, un salon et des salles de réunion privatisables, en surplomb d’une serre rénovée où sont hivernés, huit mois l’an, les végétaux fragiles des collections. La coexistence d’un chantier en site occupé et de cette contrainte saisonnière a guidé le phasage, sans interrompre les usages scientifiques et techniques du campus.Pensé comme une opération « en creux », le projet n’ajoute que ce qui est nécessaire pour durer : structure et enveloppe restaurées, dispositifs verriers reconfigurés, parcours clarifiés. Lemoal architectes, avec LBE Ingénierie (BET TCE) et Lamalle Ingénierie (structure), redonne à l’Orangerie son élégance constructive et la met en capacité d’accueillir les rythmes de travail actuels, entre serre, restauration et espaces de réunion, dans la continuité d’un patrimoine du XXe siècle longtemps discret mais essentiel. Visuels © : Javier Callejas Précédent Suivant