Lyon : Blaising Borchardt Studio érige un mémorial poignant en hommage aux déportés de la Shoah À deux pas de la gare de Perrache, là même où les convois de la déportation prenaient autrefois leur départ, un monument vient inscrire dans la ville la mémoire d’une absence. Les Rails de la Mémoire, conçu par le studio franco-allemand Blaising Borchardt, donne forme à l’indicible sur la place Carnot, à Lyon. Inaugurée le 26 janvier 2025, cette œuvre publique, à la fois architecture, installation et lieu de recueillement, articule mémoire historique et langage contemporain dans un geste d’une grande maîtrise formelle.Le projet a été retenu à l’issue d’un concours international organisé en 2023, qui a réuni 96 propositions issues de 25 pays. Pensée comme une réponse à vingt années de mobilisation portée par l’Association pour l’édification d’un Mémorial de la Shoah à Lyon, cette installation a vu le jour grâce à l’engagement d’anciens déportés et de survivants du camp d’Auschwitz, qui en furent les initiateurs.L’intervention de Blaising Borchardt Studio prend appui sur une métrique précise : 1 173 mètres de rails entrelacés en quinconce, correspondant aux 1 173 kilomètres séparant Lyon du camp d’Auschwitz-Birkenau. Le dispositif évoque autant le déplacement contraint que la démesure du système concentrationnaire. Les matériaux – rails, traverses, ballast – sont ceux d’un chemin de fer réel, fournis par la SNCF. Détournés de leur fonction première, ils deviennent symboles, porteurs d’une mémoire brutale et silencieuse.Le monument, long de 14 mètres, s’élève sur 3,44 mètres de haut et s’inscrit dans une largeur contenue de 5 mètres. Il n’impose pas, il résiste. Son insertion urbaine joue avec la perspective et le mouvement du passant, invitant à la pause et à la contemplation. L’absence de frontalité directe renforce l’immersion : on entre dans le dispositif comme on entre dans un souvenir. L’éclairage discret, conçu par Les Éclairagistes Associés, souligne les lignes d’acier sans jamais les figer.Le caractère immersif de l’installation est renforcé par un dispositif numérique discret : des bancs équipés de QR codes permettent d’accéder à des contenus pédagogiques sur la déportation depuis la région Rhône-Alpes – dont 6 100 juifs furent victimes – et sur l’histoire du mémorial. L’ensemble est pensé comme un outil vivant de transmission, au service des générations futures.L’intervention paysagère de l’Atelier NDF et l’absence volontaire de clôture ou d’enclos renforcent cette ouverture au public et à la ville. Les Rails de la Mémoire ne s’isole pas : il s’ancre. Le choix du site, sa dimension historique et sa visibilité en font un repère urbain. Visuels © : François Baudry Précédent Suivant