À Beauvais, le Théâtre régional du Beauvaisis, désormais Scène Nationale, se redresse au milieu d’une sédimentation urbaine et historique dense. Pensé par l’Atelier AJC, l’équipement remplace une salle des fêtes des années 1970 qui, par ses limites techniques, avait peu à peu écarté la ville des grands circuits culturels. Sur le même site, le nouveau théâtre s’installe sans rupture, mais avec la volonté nette d’établir une présence forte, ancrée dans la topographie comme dans le tissu bâti.

Passant de 10 à 27 mètres de hauteur, le projet compose avec ses deux illustres voisines : l’église Saint-Étienne, dont il prolonge la dynamique du parvis, et la cathédrale Saint-Pierre, plus lointaine. Pour autant, l’équipe d’architectes refuse tout effet de monumentalité gratuite. Le théâtre s’élève comme une nef profane, à la fois sculpturale et discrète. Les volumes s’emboîtent avec une grande attention au voisinage, et le béton blanc des façades, matricé de motifs inspirés du gothique flamboyant, dialogue avec les pierres anciennes. La lumière et les arbres atténuent encore la masse bâtie, au sein d’un « clos beauvaisien » qui prolonge la logique urbaine initiée après-guerre.

L’entrée se fait par un hall tourné à 90° de l’axe scène/salle, largement vitré et absorbant en douceur l’espace public alentour. À l’intérieur, l’économie de moyens impose une certaine frugalité spatiale. Pourtant, le dessin du foyer, son escalier, ses volumes sous plafond bas qui laissent entrevoir le ciel, génèrent un espace vivant, presque domestique. L’accueil devient le premier acte du spectacle.

La grande salle est saisissante par son unité. Conçue comme un bloc gradiné monolithique, elle développe une acoustique enveloppante grâce à ses parois concaves, sculptées de motifs diffusants inspirés des tapisseries locales. L’ensemble évoque une clairière au crépuscule, où le « bleu Magritte » du plafond ajoute une touche onirique.

La petite salle, plus rigoureuse dans ses proportions, se prête à une grande diversité d’usages : gradin mobile, machinerie accessible à la main, acoustique sèche. Elle s’inscrit dans une logique de porosité fonctionnelle, pensée pour la création contemporaine et les résidences.

AJC a soigné chaque espace, y compris ceux traditionnellement relégués : les loges bénéficient de vues, de terrasses, d’un accès au patio, et s’articulent autour d’un foyer des artistes largement ouvert sur la ville. Cette attention à l’intimité des usages irrigue tout le projet.

Côté performance environnementale, le théâtre conjugue sobriété passive et dispositifs techniques avancés. L’intégralité du chauffage et de la climatisation repose sur la géothermie via la nappe phréatique, et l’enveloppe du bâtiment affiche des performances thermiques et acoustiques bien supérieures aux normes.

 

Visuels © : Sergio Grazia



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