Studio KO redonne vie à l’Hôtel Bouchaud de Bussy pour le Musée Fragonard de la Mode et du Costume à Arles Après cinq années de restauration, l’Hôtel Bouchaud de Bussy, joyau classique du centre historique d’Arles, devient le nouvel écrin du Musée de la Mode et du Costume Fragonard. Derrière cette métamorphose, le duo d’architectes Karl Fournier et Olivier Marty, fondateurs du Studio KO, livre une réhabilitation subtile et habitée, fidèle à l’esprit des lieux et aux exigences muséographiques.À l’origine du projet, une promesse. Celle faite par les sœurs Costa, à la tête de la maison Fragonard, à Magali Pascal et sa fille Odile, grandes figures de la mémoire arlésienne. Leur collection, l’une des plus importantes de costumes traditionnels provençaux, trouve aujourd’hui refuge dans cet hôtel particulier du XVIIIe siècle, dont la façade a été entièrement restaurée, en étroite collaboration avec l’architecte du patrimoine Nathalie d’Artigues.À l’intérieur, Studio KO orchestre une rencontre entre histoire et modernité. L’architecture d’origine, ses escaliers, ses galeries, sa cour centrale, est ponctuée d’interventions contemporaines qui se fondent dans la matière du lieu. Un escalier minimaliste prend place à l’arrière de la façade, une porte en laiton doré s’impose dès l’entrée comme un bijou provençal, et les sols brillants évoquent la faïence de Marseille. Les murs, eux, empruntent leurs teintes aux toiles des bateaux qui naviguent sur le Rhône. Cette palette sensible, pensée comme une extension de l’art de vivre régional, établit une continuité visuelle avec les pièces textiles anciennes présentées dans les salles.La muséographie épouse la diversité du bâtiment : les circulations révèlent les volumes d’origine, les perspectives guident le regard vers des jeux d’ombres et de lumières. Le parcours s’achève dans une grande galerie plongée dans la pénombre, où les silhouettes du passé reprennent vie. Les vêtements, portés entre le XVIIe et le XIXe siècle, ont été réunis dans une approche chronologique et sensible, à l’image de la démarche rigoureuse de Magali et Odile Pascal.Le musée devient un révélateur de récits textiles oubliés. Le travail d’attribution, de contextualisation et de restitution des costumes d’Arles y est approfondi grâce aux recherches croisées de la collection Costa et de celle des Pascal. L’exposition inaugurale donne à voir les liens subtils entre pièces authentiques, iconographie et documentation. Une miniature attribuée récemment à Michel-Philibert Genod a par exemple servi de point de départ à la reconstitution minutieuse d’une silhouette typique des années 1820, à partir d’éléments textiles épars, enfin réunis.En parallèle de ce travail historique, une commande contemporaine vient ancrer le musée dans le présent : l’artiste Charles Fréger signe une installation vidéo dans laquelle neuf femmes en costume arlésien exécutent avec lenteur et précision les gestes de la parure. La lumière, la gestuelle et les textiles y forment une chorégraphie silencieuse qui questionne la construction des figures mythiques régionales. Visuels © : Andrane de Barry, F. Deladerriere Précédent Suivant